Mémoires d'outre bar
Un samedi soir prévu au théâtre, un imprévu, puis deux imprévus. Et si on allait acheter du liquide de refroidissement au lieu d'aller au théâtre? Je sais, c'est moins classe. Après, pendant que le tout mijote dans la voiture, je te propose d'aller boire un verre dans mon bar habituel, le samedi soir je n'y suis jamais.
- Et bien Aude, t'as plutôt choisi le théâtre de la vie?
- Au moins ici, on a un rôle ajoute l'amie compréhensive...
Monsieur Blaise dit par lui-même "le plus grand peintre du monde" est là aussi, et vu son état depuis un bon moment je pense..
- C'est qui la copine avec qui tu es, pourquoi tu me l'avais cachée?
- Surtout, tu lui fiches la paix. Les vieux vicieux c'est pas sont truc.
- T'as le droit de dire que je suis vicieux mais pas que je suis vieux.
- Et laisse tes mains sur la table!
La main aux fesses, elle n'y échappera pas la pauvrette.
- Savez-vous où se trouve Chateaubriand me demandent des jeunes hommes à la table d'à côté?
- Si ma bibliothèque était bien rangée, je dirais quelque part entre Céline et Colette mais j'ai abandonné le classement alphabétique.
On me regarde avec de grands yeux:
- Que voulez-vous malgré ses apparences, cet endroit est fréquenté par des personnes un minimum lettrées. Et toi, je demande à l'amie, tu sais où c'est?
- Près de St Malo?
- Non je ne crois pas, c'est Chateaubriand qui était de St Malo me semble-t-il.
- Sa dépouille y est, nous apprend le vieux Blaise qui peut encore faire fonctionner son cerveau.
La jolie comme Mélody Nelson arrive, se commande un kir violette et détourne l'attention un moment de M Blaise.
- Blaise, ça suffit. J'aime les vieux mais j'ai mes limites. Tiens ta nana arrive.
Je demande à Mélody Nelson:
- Tu sais où est Chateaubriand toi?
- Pfff dans sa tombe avec ses mémoires.
On nous regarde avec de grands yeux encore.
- Quand je vous dis que ce bar est lettré! En revanche nous sommes plutôt mauvais en géographie.
Mais j'y pense, j'ai une carte dans mon sac, une carte de France. Je la sors, je leur tends.
- C'est la première fois que je vois une fille sortir une carte de son sac.
- Cadeau de mon amoureux! Peut-être a-t-il eu peur que je ne le retrouve plus.
Chateaubriant avec un t est en Loire Atlantique ont découvert les jeunes hommes, pour Chateaubriand avec un d nous avions tous raison.
Si Hugo avait été là peut-être se serait-il exclamé: " Je veux aller à Chateaubriant ou rien!"
La mer veille
Il était beau le visage de ce petit bonhomme de 3 ou 4 ans qui dimanche regardait la mer et qui riait aux éclats quand une vague cherchait à le bousculer. J'aime bien l'émerveillement de ceux pour qui la mer est encore suffisamment rare pour être précieuse. D'ailleurs dans émerveiller il y a mer, il y a veiller aussi. Comme si avoir la mer qui veille à ses côtés était toujours une merveille.
Y'a les blasés, ceux qui disent que la mer c'est toujours pareil, qu'à force de l'avoir, ils ne la voient plus, que le bruit des vagues c'est pénible à la longue mais y'a tous les autres, ceux qui jamais ne se lassent et ceux pour qui elle est rare ou restera rare, toujours.
Le gars des villes
Une petite histoire. J'ai pensé que le gars des villes pourrait peut-être rencontrer la baigneuse plus tard.
Il aimait s'endormir au printemps encore frais, les fenêtres ouvertes, légèrement ivre, une jolie comme une tulipe dans les bras. Il se berçait des rumeurs montantes des terrasses animées des cafés de la rue, des disputes avinées, des rires enrouées des fumeuses. Dans ses rêves le poursuivaient des talons qui s'éloignaient, des vélos qui passaient.
Bientôt les bruits cesseraient, puis juste avant le petit matin, avant même que le jour ait décidé qu'il était temps pour lui de se lever, juste la minute qui précède, éclaterait le premier chant d'oiseau, puis celui de l'autre qui lui répondrait.
Alors, il se serrait contre la jolie, cherchait la courbure d'une fesse, déposait un baiser au creux de son cou comme une tige.
- T'as entendu, demandait-il?
- Les oiseaux souriait-elle.
Il se serrait alors un peu plus fort, heureux parce que les jolies comme les tulipes entendaient toujours le premier chant d'oiseau du jour.
Les camions poubelles, le moteur fatigué d'une voiture qui ne démarre pas. Tous les matins, une voiture ne démarre pas remarquait-il. Il aimait le moment où le noctambule le plus acharné croisait le travailleur pressé.
Il se levait, cherchait un paquet de café vide, alors il emmenait la jolie comme une tulipe encore un peu frissonnante de la rosée d'une douche hâtive déjeuner à la terrasse d'un café. Elle suivait des yeux la danse bruyante des balayeuses quand il la regardait s'ouvrir au soleil d'un matin frémissant.
Pêle Mêle
C'est la deuxième fois depuis que je prends le train, qu'une personne y fait un malaise, et que le contrôleur demande si il y a un médecin à bord. Et à chaque fois, je vois défiler bon nombre de passagers qui s'avèrent être également des médecins... Plutôt rassurant mais étonnant aussi tous ces médecins dans le train. Je me demande juste si, par exemple, le fils de l'amoureux quand il rentre le dimanche soir en train chez sa maman et s'il avait un problème de maths à résoudre (il fait parfois ses devoirs dans le train), si on trouverait tout autant de profs de math... Et si il y aurait des couturier(ère)s pour réparer l'ourlet de ma jupe qui s'est décousu.
Alors que je discutais avec l'homme de ménage du bureau (je vous en ai déjà parlé ici), ce dernier me demande si je vis seule, je lui réponds que oui, que mon amoureux réside à Paris. Il me demande si ce dernier est un vrai parisien. Je lui précise que oui mais que ce dernier quand il vient en Normandie y tombe amoureux puisque le mère de son fils habitait aussi ici.
- Il a raison. A Abidjan aussi les hommes préfèrent aller chercher les femmes dans les villages, elles y sont moins compliquées.
Escapade.
Je me suis enfin décidée à prendre la carte Escapade de notre chère société des chemins de fer. Un bon moment que j'y songe, que je me demande si c'est vraiment valable, que je rechigne et tout à l'heure, paf j'ai pris ma carte Escapade. Mais qu'est-ce qu'on s'en fout vous dites-vous. Non mais c'est que c'est pas anodin pour moi la carte Escapade. Le train, je le prends essentiellement pour aller rejoindre l'amoureux. Je ne suis pas une fille très douée pour l'engagement, le mariage, je ne peux même pas y songer, le PACS non plus, la vie commune j'en ai envie un jour et le lendemain un peu moins... Et aujourd'hui j'ai pris une carte Escapade valable un an pour rejoindre l'amoureux le plus souvent possible. Venant de moi, c'est un engagement... Et puis un engagement qui s'appelle Escapade, c'est plutôt drôle. Il m'aura toutefois fallu presque 4 ans pour en arriver là. A ce train, je risque de me retrouver fiancée dans une bonne trentaine d'années!
PS: je songe à déposer une liste Escapade dans quelques magasins.
Le vent nous portera...
Voilà j'ai choisi le titre inspirée par mon groupe préférée et par le vent du nord qui se porte jusqu'à moi, ouvrant les portes sans même frapper que ce soit à la maison ou au bureau. Je ne compte pas les fois où j'ai sursauté aujourd'hui au bruit des portes qui s'ouvraient brusquement. L'amoureux pense que le vent m'espionne.
Le vent du nord me permet de comprendre l'utilité du verrou extérieur de la salle de bain. Quand je suis arrivée dans cette maison, ce verrou à l'extérieur de la salle de bain m'intriguait (il n'y en a pas à l'intérieur). Il est placé suffisamment haut pour être hors d'atteinte des enfants farceurs. Puis le premier jour de vent du nord, j'ai compris. Le vent s'engouffre par la fenêtre de la salle de bains et la porte ne reste jamais fermée sauf si on met le verrou.
L'amoureux pense que le vent m'espionne... Étrange pensée mais qui me plait bien. J'aime bien aussi me laisser porter par le vent, je n'aime pas l'affronter.
Portrait
Une des choses que j'aime chez lui, c'est qu'il voit ce et ceux qui l'entourent. J'ai rencontré peu de personne qui me racontent les gens comme lui:
"- Alors lui vois-tu, chez lui c'est spartiate, un lit, une table, une chaise. Il ne sort jamais Il travaillait avec moi. Une année sur deux, il prenait une année sabbatique et il partait méditer en Inde. Avec celui-ci, j'ai pris des cours de dessin. Il a fait un super travail de bénévole avec les mômes de banlieue. Cette dame là, elle a fait un AVC; Elle ne bossait pas, son mari est riche. Et bien elle a décidé de faire des ménages. Et avec l'argent gagné elle se paye de belles vacances sans rien demander à son mari..."
J'aime bien le regard tendre qu'il porte sur ceux qu'il aime. J'aime bien comment il ressent les fêlures cachées. Y'a ses fêlures à lui aussi, qu'il tente de colmater à coup de... qu'il tente de colmater comme il peut.
"- Et tes garçons ils sont comment, je lui demande?
- Le grand, il est sérieux et prudent, il travaille à l'école, Le petit, il aime bien l'école aussi mais parce qu'il est toujours amoureux de ses maitresses. Il est joyeux et bouge tout le temps."
Anniversaire (suite)
Le poème de Florian
Aube naissante ou crépuscule
Un regard fuse entre ces lignes
D'un
ou deux mots tu nous rend dignes
Et parfois même tu nous bouscules
Mêlant
finesse et humour moqueur
Osant parfois te mettre en danger
Tu
nous fais vibrer de tes mots mélangés
Sans oublier cette flèche dans
nos coeurs
Des mots pour rire des mots pour rien
Il serait
vain de les décrire
Tu nous fais pleurer ou rire
Sur nos défauts
de bons terriens
Boire et déboires et revoir une culotte égarée.
Les bouteilles vides se sont accumulées tout l'automne, puis hiver, puis ce début de printemps dans un coin de jardin. Pour cause de travaux, le conteneur à verres avait été déplacé, mais je ne savais pas où. Un ami goguenard devant mon tas vertigineux de bouteilles vides et mes explications vaseuses m'a révélé que le contener était encore plus près qu'avant de chez moi. Du coup, armés d'un courage étrange pour une fin de dimanche après-midi, l'amoureux a décidé qu'il était temps d'évacuer les bouteilles. J'étais d'accord.
En parallèle à cette histoire de bouteilles, je me dois de vous parler de ma culotte égarée. J'ai égaré une culotte à peu près à la même époque où j'ai cessé de mettre les bouteilles au contener. J'ai cru l'avoir oublié chez l'amoureux. C'était devenu un sujet de discussion intarissable la culotte égarée, nous l'avons imaginée et cherchée à peu près partout.
Mais revenons aux bouteilles. Je prépare un dernier sac de bouteilles vides pendant que Phil Amant revient d'un premier voyage. Il s'arrête près du tas de bois issu de la haie massacrée pour chercher des femmes troncs ( cet homme est fantaisiste je sais) et il me tend un bout de tissu marronnasse et terreux:
" C'est quoi ça?"
Un moment d'hésitation, puis d'incrédulité:
" Mais c'est ma culotte"
Ma culotte a été retrouvée au pied d'un tas de bois, elle a passé l'hiver dehors, connu la neige et les frimas, elle a peut-être cru qu'on ne la retrouverait jamais, que les mécaniciens du garage moto d'à côté s'en servirait comme chiffon.
J'ai amené euphorique mon dernier chargement de bouteilles, souriant au ciel bleu et à ma culotte retrouvée.
Quel week-end: hier nous avons mis des escarpins rouges au yucca et Phil Amant a voulu créer une tondeuse avec sa perceuse, aujourd'hui j'ai enfin retrouvé ma culotte égarée.
Portrait
Quand je la vois, je pense à une chanson de Gainsbourg. Elle aurait pu s'appeler Melody Nelson. Assez grande, toute fine, de longs cheveux raides et châtains, la frange bien coupée, 23 ans, un amoureux de 48 ans... Je les trouve beaux, pas toujours heureux mais beaux. " J'aime trop tes yeux", peut-elle me dire comme si elle allait me demander de les lui prêter pour sa prochaine sortie. Elle est tournoyante, légère.
La première fois que je l'ai vue, elle n'allait pas bien, le bras en écharpe, elle cherchait à contacter sa mère. Elle m'a parue malheureuse et triste.
Puis je l'ai vue, allumeuse avec les hommes, joueuse. Lui, ça le rend fou.
" Elle ne peut pas rester avec lui", j'entends souvent, la différence d'âge, l'avenir... Elle me regarde avec ses grands yeux. " Allez me belle t'as le temps d'y penser à l'avenir, si tu l'aimes c'est bien, vis l'instant présent."

