22 avril 2008
27 juillet 2003 (1ère partie)
Je
regarde ses mains tourner le bouton du son de l’autoradio pour en augmenter le
volume. Je n’avais pas besoin d’entendre la nouvelle plus fort, elle cogne dans
ma tête comme la tête de Marie a du cogner contre le radiateur. Je ne réponds
pas à la réflexion narquoise sur mon héros qui n’en est plus un soudain. Il ne
veut pas de mes silences, il insiste méchant. « Un malade, ce type, un
malade comme toi. Pas étonnant que tu l’aimes tant. » Je ne réponds
toujours pas. J’ai soudain mal pour eux, mal pour cette femme dans le coma, mal
pour cet homme qui ne doit pas comprendre comment il a pu en arriver là, mal
pour leurs enfants qu’ils n’ont pas eu ensemble. Dans le rétro, j’observe notre
fils à nous deux qui dort à l’arrière de la voiture. Il semble calme. Sur
France Info, la nouvelle passe en boucle. Je hais cette radio, il le sait,
c’est toujours celle-ci qu’il met. Mais qu’allait-il faire dans ce pays que
j’imagine d’une tristesse grise et infinie ? Pourquoi l’amour l’a-t-il
conduit jusque là-bas ? Je ne les savais même pas ensemble. Moi Bertrand,
j’aime ses mots qui me heurtent et me reconnaissent, ses mots qui savent si
bien épouser ma peine. Sa vie je m’en fichais. Je me souviens de son regard
croisé six ans auparavant. J’avais fait des pieds et des mains pour le voir en
concert. C’était ma première sortie depuis que j’étais mère. Je voulais
redevenir ado mais tout se liguait contre moi, la baby sitter en retard, les
amis qui ne m’avaient pas attendu après le concert. J’avais eu si peur de la
foule dans la fosse que j’étais restée tétanisée un moment. Et lui qui n’avait
pas compris que je veuille aller à ce concert plutôt que de rester avec notre
fils, lui qui bossait sur ce concert m’avait laissé le rejoindre. C’est juste
un peu plus tard que j’ai croisé le regard du poète.
Je
ne veux plus entendre la nouvelle, je ne veux plus entendre les commentaires
qui se veulent provoquant du conducteur de cette voiture. « Drame de
l’alcool et de la drogue », disent les journalistes quand il arrête la voiture
pour se rouler un pétard. Je n’écoute pas ce qu’il me dit, je ne veux plus
l’écouter, je ne l’ai que trop écouté.
Bertrand
est là-bas dans ce pays que j’imagine froid et trop loin, nous nous sommes sur
les autoroutes du sud, il fait nuit et chaud. J’ai si froid en moi. Le fumeur
remonte dans la voiture. « Pas bavarde, lâche-t-il. T’as trop honte de
toi, de ta violence ? ». Je ne réponds pas, j’ose à peine respirer,
j’ai trop peur de déclencher sa colère et les mots plus violents qui
s’abattront sur moi comme hier.
Commentaires
Très bien !
J'aime beaucoup ce texte !
Très beau
Dramatique.
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