24 avril 2008
30 ans
Ils
m’ont offert un joli cadeau, une lampe colorée. Ils sont passés à la maison et
ont flairé tout autour d’eux pour essayer de me trouver ce cadeau. Ça me
touche. Je sens les larmes justes retenues par une poignée de cils tremblants.
Ce type, Fabrice met un CD. J’écoute le poète chanter, je ne connais pas. C’est
beau et douloureux. (…) Je m’isole au fond du salon immense, perdue sur un bout
de canapé marocain. Je me berce de la mélancolie des mots chantés. J’ai un
verre de vin à la main, un des rares que j’aurai le droit de boire ce soir. Ils
sont presque tous sortis fumer leurs pétards dehors par cette soirée automnale
de la fin août. Mon anniversaire a toujours résonné avec la fin des vacances,
avec la rentrée, avec la mort de l’été, avec les odeurs de l’automne qui
recommence. Fabrice vient me rejoindre. C’est un type immense et massif, qui
parle très fort. Il m’aurait terrorisé enfant, aujourd’hui je le trouve presque
rassurant. Il regarde la tristesse qui dégouline sur mon visage. « Tire
toi me dit-il, tire-toi ». Je le regarde, mes cils deviennent barrage trop
faible soudain pour contenir tout le chagrin qui cogne. « Tire toi, il te
fera toujours du mal. T’as le droit d’être heureuse ». Je ne dis rien. Je
ne l’ai jamais revu. J’ai pensé très fort à lui le soir de mes 31 ans, entourée
de mes amis et le soir de mes 32 ans aussi. Il sera peut-être présent à tous
mes anniversaires. Je ne sais pas s’il a déjà pensé à moi ou s’il m’a
complètement oubliée. Et puis on est rentrés, j’ai ramené la voiture et
l’homme. Le jour de mes trente ans est terminé mais j’ai le sentiment que c’est
ma vie qui est déjà terminée. Je ne sais pas encore que dans moins d’un an, ce
sont les yeux tendres d’un autre qui caresseront mon visage.
La mer monte (suite part 3)
C’est juste quand je jette un œil
à travers la fenêtre que je l’aperçois, le type bizarre qui habite la maison
perchée sur le rocher, une bizarrerie en soi aussi cette baraque. On dirait une
maison de côte bretonne. Elle est ridicule cette maison. Elle veut se donner
des allures de chaumière bretonne en plein cœur de la Normandie, bon c’est vrai
que la côte n’est pas loin mais elle n’est pas à la porte non plus. Ce type
j’ai manqué le renverser il y a quelques jours, il était en vélo et moi au
volant de ma BM 4X4. J’ai bien vu dans le rétro que suite à mon passage, il
était tombé dans la flotte mais il ne croyait quand même pas que j’allais
m’arrêter, je ne l’ai pas touché de toute façon, il est tombé tout seul.
Le réchauffement de la planète, et si j'en ai marre de me les peler moi ? Les pôles nord et sud mais qui s'en préoccupe vraiment? Qui à part quelques timbrés qui jouissent en voyant leurs sexes rétrécir par le froid, a vraiment envie d'aller au pôle nord? Je hais les écologistes. J'adore les produits d'entretien en revanche, surtout ceux qui contiennent de la soude. Dès que je sens une résistance dans l'écoulement d'eau de ma baignoire, j'y vide une bouteille de Destop et je laisse agir toute la nuit. Et oui parce que je prends des bains, des douches aussi après chaque bain pour bien me rincer. Ma baignoire est immense et je la remplis entièrement avec délectation, je la remplis de mousses, de sels aux PEG, au parfum de synthèse, au colorant artificiel, au OGM, aux phenoxyethanol, au paraben, au conservateur de synthèse. Ah je les distille dans l'eau que je gaspille avec frénésie. Parfois j'hésite même à m'épiler au décap'four. Je m'en sers pour tout du décap'four, enfin pas pour laver mon four, il n’est pas sale, je ne m'en sers presque jamais mais pour décoller une vieille moquette qui s'accroche ou un papier peint un peu récalcitrant, ça marche du tonnerre. Je me fiche de la survie de la planète, elle me survivra de toute façon et des mômes, j'en aurai pas. Je ne ressens aucune envie de me prolonger dans un enfant.
