Mots dits

Partager les mots pour oublier mes maux...

29 avril 2008

Le voyeur

Il était tombé sur ce blog par hasard, un hasard des plus étranges, certainement un dysfonctionnement de l’hébergeur. Ce n’est pas du tout ce qu’il cherchait mais il était resté et avait feuilleté l’histoire que relatait ce blog. C’était le blog qu’une femme écrivait pour son amant. Non ce n’était pas un amant imaginaire, il laissait un petit commentaire lui aussi de temps en temps.

Il avait regardé puis avait quitté le blog d’autres occupations l’attendaient, se promettant de revenir. Quand il avait tapé le nom du blog sur google pour le retrouver, impossible… Ce blog n’était pas référence, juste créé pour l’amant. Heureusement qu’il y avait l’historique de son navigateur. Il y retourna donc. Il se nourrissait des mots et des photos destinés à un autre. Il apprenait leur histoire, il l’aurait voulu sienne. Il se faisait discret, le plus possible. Il ne se serait pas aventuré à laisser un commentaire. Il ne voulait pas être vu. Il était devenu voyeur sans avoir à quitter son domicile, sans jumelles et voyeur d’une histoire qui se déroulait à des centaines de kilomètres de lui.

Puis il commença à imaginer que c’était à lui qu’écrivait l’inconnue, que c’était pour lui les mots et les photos qu’elle laissait. Chaque jour, il guettait le nouveau message. Puis plus rien, celle qui signait sous le nom d’amante ne laissait plus de messages. Il revenait sans relâche, traquait le plus petit indice de son amour. Sa douleur était chaque fois plus ardente, il s’était clos dans le doux leurre de cet amour irréel. Pourquoi ne l’aimait-elle plus, pourquoi n’avait-elle-même pas pris la peine de lui écrire qu’elle ne l’aimait plus ? Il ne pouvait, ni ne voulait vivre sans son amour. Il mit fin à ses jours, trop dur de vivre sans elle.

A des kilomètres de là, des amoureux découvraient la vie à deux. Au lieu de lui laisser des mots sur un blog c’est sur la porte du frigo qu’elle lui laissait, ou bien sur l’oreiller ou bien encore derrière les essuie-glaces de sa voiture.

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La mer monte (suite part 8)

Philippe
Ce fut troublant d’apercevoir Eléonore par la fenêtre hier soir. Eléonore … la femme que j’ai le plus aimé ou que j’ai eu le plus envie d’aimer. La voir là, si près de moi c’était désarmant et bouleversant. Eléonore, j’ai souvent imaginé nos enfants. Je me souviens des longues journées que nous passions à travailler dans l’atelier mus tous deux par une même fécondité. Nos créations ne se ressemblaient pas mais notre amour leur conférait un souffle identique qui nous poussait toujours plus loin. J’avais du finir par lasser Eléonore avec mon catastrophisme répétitif. Elle ne comprenait pas l’énergie que je pouvais mettre à créer ou même comment je pouvais envisager d’avoir des enfants alors que je voyais la planète se désagréger et disparaître plus tôt que tard. Eléonore m’aimait mais me voyait comme un fou. Elle ne croyait pas à la montée des eaux et n’avait pas la fibre écologique.

Enfin la voir ici, chez cette femme étrange m’a fait un choc. Je l’ai trouvé toujours aussi belle, je me suis aussi demandé qui était cet homme qui l’accompagnait, si ils étaient amants depuis longtemps, s’ils s’aimaient, s’ils envisageaient l’avenir ensemble. C’est ça, exactement ça que m’avait reproché Eléonore, le manque d’avenir dans notre relation. Elle me reprochait de ne pouvoir envisager l’avenir avec un homme qui ne se voyait pas d’avenir du tout.

Ne trouvant le sommeil hier soir, j’avais travaillé tard à l’atelier. J’avais surpris son regard quand elle est partie, sur cet endroit où on avait tant partagé.

Je me lève. Je vais aller chercher des bois flottés ce matin. Je n’avais pas prévu d’y aller aujourd’hui mais marcher sur la plage déserte me fera du bien. La mer a du commencer sa longue redescente. L’enthousiasme me pénètre soudain et je me lève d’un bond. Je m’habille rapidement, ne prends pas la peine de déjeuner, je verrai ça en rentrant et grimpe dans ma vieille guimbarde. En la sortant du garage, j’aperçois à travers les fenêtres, la voisine en train de nettoyer avec une énergie surprenante pour cette heure sa cuisine. J’ai l’impression qu’elle me jette un regard haineux mais peut-être que j’imagine tout ça.

La vue de la mer m’apaise comme à chaque fois. C’est d’ailleurs paradoxal, je sais qu’elle finira par nous envahir tous et tuer beaucoup d’entre nous mais je ne peux lui en vouloir. L’humain est le propre bâtisseur de sa perte, la mer n’en sera qu’une arme.

La récolte de bois flotté est riche aujourd’hui. Je trouve de belles pièces qui prendront rapidement cette patine grisée en séchant qui me plait tant. J’en profite pour nettoyer autour de moi et ramasser tous les déchets possibles. J’ai conscience de passer pour un hurluberlu auprès de nombreuses personnes dans le coin. Enfin, de plus en plus nombreux sont ceux qui me questionnent aussi. Les promeneurs matinaux sont légions, qui de promener son chien ou de faire un jogging. Mes préférés sont les amants égarés après une nuit d’amour qui ne voient ni la mer et encore moins ce qu’il y a autour. J’ai aussi une tendresse toute particulière pour les désemparés, les chagrinés qui viennent nettoyer leurs plaies du cœur au grand air, ceux qui se donnent l’impression de vouloir se jeter dans l’eau pour oublier leurs peines mais qui savent bien au fond qu’ils ne le feront pas parce que la vie en eux est la plus forte, parce que même si à l’instant ils pensent être les plus malheureux au monde, il s perçoivent déjà la miette d’espoir au fond d’eux qui grandira et qui leur permettra d’aimer à nouveau. Je me suis lié avec quelques personnes au fil des années, récoltant des morceaux de leur vie en même temps que mes bois flottés, m’inspirant des deux pour mes sculptures.

Le nez dans le sable, je n’ai pas pris le temps encore aujourd’hui de regarder la mer. La journée menace d’être bien belle pour ce mois de mars, cruelle douceur de ce climat détraqué. On est dimanche, tout à l’heure la plage sera envahie de promeneurs. Les terrasses des cafés s’ouvriront à ces premiers rayons de soleil et les flâneurs auront l’illusion du bonheur pour quelques heures.

Je m’arrête quelques instants pour jouir du spectacle. La mer ne cessera jamais de me surprendre, elle est chaque jour différente. Son immensité me surprend et m’effraye à chaque fois. Je me sens insignifiant face à elle. Le même phénomène se produit à chaque fois. Je contemple la mer émerveillé. Je me laisse envahir par sa beauté et puis au bout d’un moment plus ou moins long, l’angoisse m’envahit. Sa force m’angoisse soudain et je crains la lutte que nous devrons mener contre elle. C’est pour ça la digue, c’est pour ne pas avoir à lutter contre elle, je veux juste m’allier à elle.

Je rentre chez moi un peu abattu. Je dépose mes bois dans l’atelier, je les étends soigneusement pour qu’ils sèchent rapidement. Je regarde le travail que j’ai commencé hier. Je ne vais pas m’y remettre tout de suite, il faut que je commence la digue. Je n’ai plus le choix. J’ai tout ce qu’il me faut pour attaquer les travaux. Je suis allé chercher un ciment résistant à l’eau.

Un découragement entame ma bonne volonté mais je veux le faire. Je commence avant d’avoir déjà trop envie d’arrêter.

Posté par blairaudes à 09:13 - La mer monte - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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