Mots dits

04 mai 2008

La mer monte (suite part 13)

Aude et Bérangère
Aude et Bérangère décidèrent de plier bagages sur un coup de tête. La décision ne revenait pas plus à l'une que l'autre. Un soir elles se sont dits: et si nous allions jusqu'au marchand de glaces, et elles ont fait leurs valises succinctement: deux culottes chacune, deux robes, deux pulls et deux jeans, des livres, leur crème de jour favorite et une brosse à dents. Ah j'oublie l'essentiel: des cahiers pour écrire et deux caisses de rouge pour étancher leur soif.

Elles embrassèrent rapidement leurs compagnons respectifs ne sachant pas très bien si elles les reverraient un jour. Il était temps pour elles de prendre la route. Qu'elles ne reverraient peut-être jamais leurs compagnons, elles ne se le dirent pas et elles ne leur dirent pas non plus. Elles verraient bien de toute façon.
Elles montèrent dans la voiture le coeur léger et pétillant. Elles quittèrent Lisbonne en fin d'après-midi. Leur itinéraire devait passer le plus possible près de la mer et aussi près des vignobles, ce qui les obligerait à de larges détours qui déjà les enchantaient. Elles quittèrent sans regrets ce Lisbonne qu'elles avaient aimé mais qui les avait lassé et grimpèrent lestes et légères dans le combi. Il était déjà tard quand elles partirent et moins de deux heurs après la nuit commençaient à tomber. Elles avaient faim. Aude avait envie de manger une moussaka. Par chance, sur la côte elles trouvèrent un resto grec. C'était un lieu assez incroyable, le patron s'appelait Daurios et décorait son resto des photos et lampes qu'il créait. Bérangère et Aude n'avaient presque pas échangé de mots depuis leur départ. Elle savouraient en silence leur nouvelle vie qui commençait. Elles décidèrent de fêter dignement l'évènement et réclamèrent une bougie pour leur moussaka. Daurios le grec applaudit à leur idée et décida de fermer le resto aux autres clients. C'était leur soirée et il leur dédiait. Daurios leur servit ses meilleurs vins des îles grecques. Aude et Bérangère dégustaient et se régalaient, elles se laissaient emporter par le bonheur de l'instant, quand les têtes tournent et les coeurs s'enflamment. Daurios regardait les yeux brillants des deux jeunes femmes. Il aurait voulu fermer boutique et les suivre dans leur périple. Il aurait voulu les retenir là, pour que ce soit toujours fête. Il n'en fit rien. Ce pèlerinage elles se devaient de le faire seules, cheminant parmi les plages et les vignes jusqu'à retrouver leur marchand de glaces. Aude et Bérangère soufflèrent et rallumèrent la bougie un nombre incalculable de fois, Daurios les photographia, capturant le reflet de la flamme dans leurs yeux. Bientôt elles seraient sur tous les murs du restaurant, entre Mariza la chanteuse de fado préférée de Daurios et Maria Callas qu'il n'avait à son grand regret jamais rencontré.
Daurios insista pour que les filles restent dormir chez lui, elles acceptèrent. Il les installa dans son salon juste devant la cheminée où un feu crépitait sereinement. Il se releva plusieurs fois dans la nuit pour s'assurer qu' il ne les avait pas rêvé et il les photographia de nouveau, lascives et abandonnées à la lueur de la cheminée. Aude se réveilla et rejoignit Daurios dans son lit, elle se blottit contre lui, se réfugia dans ses bras et s'y sentit à sa place. Ils firent l'amour sans s'interroger, avec simplicité et ferveur.

Elles partirent le matin, de bonne heure. Le petit-déjeuner fut triste à l'inverse de la soirée. La bougie de la veille avait laissé couler de la cire sur la table et la cire des bougies sur une table au petit matin les rendait tous trois tristes. Aude avait le coeur lourd, elle se serait bien laissée aller quelques jours de plus aux bras du beau Daurios. Elle savait aussi qu'elle ne pouvait pas s'arrêter si tôt dans son aventure et qu'elle devait repartir. Elles repartirent.

C'est Bérangère qui prit le volant. Aude était trop fatiguée par sa nuit d'amour. Le balancement du combi la berçait et la maintenait dans une douce rêverie. Elles s'arrêtèrent pour une première pause vers onze heures. Elles étaient au bord de l'Atlantique et Bérangère souhaita se baigner malgré les courants qui maintenaient l'eau en toute saison froide. Aude se baignait rarement, trop frileuse. Elle regarda son amie nager vigoureusement dans les vagues. Aude pensait encore à Daurios mais aussi à ce qui l'attendait là-bas. Elle se laissait rarement abattre et jamais très longtemps. Aude se sentit aussi revigorée que Bérangère qui ressortait de l'eau.


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