31 mai 2008
Vendredi du vin #14
Deuxième participation aux vendredi du vin. Cette fois-ci c'est là que ça se passe.
Le thème: Mais d'où sort-il celui là?
Premier souvenir olfactif. Une maison en lisière de forêt dans l’orne, près d’Alençon. J’ai 4 ans peut-être ? Dans cette maison, une cave et deux rangées de fûts de chaque côté. Je garde en mémoire l’odeur que dégageaient ces fûts. C’est plus tard que j’interrogeais ma mère :
- - Dis maman, chez mémère de Tanville, il n’y avait pas une cave avec pleins de tonneaux ?
- - Si, tu t’en souviens mais tu avais 4 ans quand elle est morte ?
Ces fûts devaient contenir du cidre je pense. Le seul souvenir que j’ai de mon arrière grand-mère, c’est l’odeur de sa cave !
Dimanche soir, c’est souvent triste les dimanches soir… Fin d’après-midi, balade sur la plage et si on passait chez Jim et Malika avant de rentrer. C’est l’heure de l’apéro en plus. Jim propose de nous faire gouter le vin de son père.
- -Mais tes parents ils ne vivent pas à Alençon ?
- -Si si à côté mais il fait du vin, quelques bouteilles tous les ans.
Un pinot noir récolté dans l’Orne on peut dire : « Mais d’où sort-il celui là ? ».
Jim nous fait gouter le vin de Dédé son papa. Que dire ? Pas mauvais, meilleur que ce que je pouvais imaginer. Toutefois il picote un peu.
- Jim, il ne picote pas un peu quand même le vin de Dédé?
- Si, mais justement c’est ce que j’aime.
Je crois qu’un peu de vin qui picote, c’est sa madeleine Proust, à Jim. Ça lui rappelle la maison familiale.
Et puis c’est dimanche soir et boire ce vin ça a quelque chose de réconfortant et ça me rappelle cette arrière grand-mère qui ne vivait pas très loin. Ah et puis Dédé, son nom de famille c’est Vinclair… c'est joli non?
Toutes les photos ont été prises chez Dédé par Philippe
30 mai 2008
La mer monte (suite part 34)
Aude et Bérangère
- Pff,
avec un temps pareil, la récolte de vin va être lamentable cette année.
- M’en
parle pas. 2007 sera à rayer de tous les calendriers sur le vin.
29 mai 2008
Orage
Je l’ai senti frémissant toute la
journée, je l’ai entendu gronder au loin, j’ai respiré l’odeur de la terre
brûlante, j’ai vu le ciel s‘assombrir brusquement puis j’ai perçu le premier
grondement. J’aime les orages quand ils viennent achever une journée trop
chaude. J’aime la pluie drue illuminée d’éclairs qui s’écrase sur le sol trop
sec. Elle roule, dévale, dévaste. Je suis seule dans le salon. Je ne sais pas
très bien où sont passés les autres. J’allume des bougies. (...) Je me sers un
verre de vin, le bois dans le fauteuil, jambes repliées sous moi et je me
laisse aller à la mélancolie. Les notes du violon accompagnent ma première
gorgée de vin.
(...)
Fin
d’après-midi. J’ai profité d’une accalmie de l’orage pour descendre seule au village.
L’air est bouillonnant d’électricité et d’humidité. Le ciel et bas, si bas
appuyant la lourdeur de l’atmosphère. La pluie qui dégringole les vieilles
marches en pierre s’engouffre dans mes chaussures. Je les enlève et avance
pieds nus, mes sandales à la main jusqu’au bar. J’ouvre la porte close. Je
devine plus que je vois Roberto derrière le bar. Mes yeux s’habituent doucement
à la pénombre des lieux et commencent à distinguer les silhouettes. Un visage
me dit vaguement quelque chose et je vois bien qu’il me connait. Il m’appelle
même par mon prénom.
La mer monte (suite part 33)
J’avais presque oublié l’existence de la
pluie avant de monter dans la voiture de Norbert. Je lui indique la route pour
aller chez Philippe. Les champs autour de nous commencent à être inondés un peu
partout. Il y a même des routes de coupées pour inondation qui nous oblige à faire
des détours. Et il continue de pleuvoir sans discontinuer. Heureusement le
chemin est court. Je me demande si c’est une bonne idée d’accompagner
Norbert chez Philippe, mais je tiens à
lui poser des questions au sujet du fameux cataclysme dont il m’a parlé des
années durant. C’est avec une légère appréhension que je sors de la voiture et
que je monte jusque chez Philippe. Il a construit un mur depuis la fois où je suis allée chez Petra. Je
me demande quand il a bien pu trouver le temps de faire ça avec les torrents
d’eau qui sont tombés. Norbert regarde étonné la digue de Philippe. Je sonne à
la porte. C’est Isée qui ouvre. Je suis soulagée de la voir ici. J’ai toujours
beaucoup aimé la mère de Philippe même si je n’ai pas souvent eu l’occasion de
la rencontrer.
- Eléonore.
Et bien ça me fait plaisir de te revoir. Allez entrez tous les deux.
- On
ne vous dérange pas ?
- Non
non. Au contraire, on ne voit plus jamais personne. Philippe est dans son
atelier.
- Norbert
souhaitait voir les sculptures de Philippe.
- Et
bien ça tombe bien. Il y en a plein de nouvelles justement. Allons le
rejoindre.
- Eléonore ?
C’est surprenant de te voir.
- Je
sais. Norbert est un de mes clients et il avait entendu parler de tes
sculptures.
- Bienvenue
Norbert et merci de venir jusqu’ici.
- Isée ?
- Oui ?
- Il
y a longtemps que tu es revenue ici ?
- Non
quelques jours à peine.
- Et
tu vas rester longtemps ?
- Je
ne sais pas.
- Dis-moi
ce qui se passe ?
- C’est
le déluge. Il aura lieu dans quelques semaines.
- Le
déluge auquel se prépare Philippe depuis des années ?
- Oui.
Ecoute Eléonore, je sais que tu n’as jamais vraiment pris au sérieux les
théories de Philippe quant à ce déluge mais je t’assure que tu dois le croire.
- Je
vous crois. C’est bien ce qui m’effraye.
- Ne
t’en fais pas trop. En étant prévenue tu as les moyens de te protéger du
danger.
- Mais
tous les autres ? Vous allez les prévenir aussi ?
- Oui.
On le fait déjà mais on ne nous prend pas au sérieux. Il n’y a que les
élections qui comptent en ce moment.
- Que
se passe-t-il Eléonore ? Qu’avez-vous ?
- Eléonore
vient d’apprendre une mauvaise nouvelle.
- Tu
lui as tout dit, demande Philippe à sa mère ?
- Les
grandes lignes seulement.
28 mai 2008
Marguerite (fin)
Je n'ai pas vu le temps filer. Comme si toutes ces années étaient passées juste pour alimenter mes souvenirs de vielle femme. Je vis dans mon passé, égraine sans répit le vieux film de ma vie. Une de mes petites filles m'a dit l'autre jour que venir chez moi, c'était comme entrer dans un livre.
Je n'ai pas vu le temps filer. Nous avons travaillé dur longtemps. Je n'ai pas suffisamment regardé mes enfants, ne les ai pas vu grandir. Je me reproche parfois de ne pas avoir été une bonne mère, de ne pas les avoir suffisamment aimés. On ne m'a pas appris à dire je t'aime. Ils ont parfois fait des choses étranges mes enfants. Quand ma sœur m'appelait pour m'inviter au mariage en grande pompe de son fils, moi je venais d'apprendre que ma dernière fille avait décidé d'être bergère. C'était les années 70, et mes filles étaient dans leur période hippie.
Nos cœurs avaient failli nous lâcher presqu'au même moment. On avait eu si peur, du coup nos cœurs malades s'étaient rapprochés et battaient plus fort encore l'un pour l'autre.
Quand Loulou est mort, l'an 2000 venait juste de commencer. Je ne suis pas sure de le rejoindre un jour, je ne sais plus très bien si je crois en tout ça mais je n'ai juste plus envie de vivre sans lui, tout simplement. Je voudrais tant sentir ses yeux me contempler avec toute cette tendresse accumulée au fil des ans, une fois, une fois encore.
La mer monte (suite part 32)
C’est le désert que j’aperçois en premier
quand je me réveille. J’ai oublié d’éteindre toutes les lumières hier soir. La
maison étincelle comme un jour de fête. Je perds toute notion du temps comme
dans certains musées. La faim me tiraille l’estomac. Je me félicite du travail
de la veille. Je n’ai plus aucune idée du temps qu’il peut bien faire dehors.
C’est merveilleux. Les doubles vitrages empêchent les bruits de l’extérieur
d’entrer. Voilà, je vais faire un gros plein de courses, remplir le frigo et le
congélateur et je ne sors plus que dans plusieurs semaines quand le beau temps
sera revenu. Il finira bien par revenir ce fichu soleil. Dans le frigo, je me
jette sur le fromage que je dévore avec avidité. Je meurs de soif aussi. J’ai
l’impression que les vapeurs de peinture n’ont pas tout à fait quitté ma tête,
ni la maison d’ailleurs mais je ne veux pas aérer. Je vais rester dans cet
atmosphère confiné jusqu’au retour du soleil.
- Excusez
moi pour le retard, Eléonore mais avec ce mauvais temps, on ne compte plus les
accidents sur l’autoroute.
- On
avait rendez-vous à quelle heure ?
- Trois
heures.
- Et
il est quelle heure ?
- Quatre
heures.
- Je
viens de me réveiller. J’ai un peu perdu la notion du temps.
- Oh
je peux revenir plus tard, Eléonore, si je vous dérange.
- Non
non Norbert. Je vais juste nous faire un thé.
- Combien
vous prendriez Eléonore pour faire la même chose aux fenêtres de mon
appartement.
- Vous
souhaitez vraiment ça dans votre appartement ?
- Je
n’en peux plus de la grisaille, comme vous. Vous pourriez aussi le faire à
l’étude. Mes collaboratrices dépriment. C’est même là-bas que vous devriez
attaquer en premier.
- Je
ne sais pas Norbert. Je me suis promis de ne plus sortir d’ici jusqu’à ce que
le beau temps revienne.
- Bon
et bien réfléchissez quand même.
- A
propos, Eléonore, vous pourrez peut-être m’aider. Je cherche un sculpteur qui
travaille les bois flottés. On m’a dit qu’il habitait le coin.
- Philippe ?
- Oui,
je crois qu’il s’appelle Philippe. Vous le connaissez ?
- Oui.
C’est un ami.
- Vous
pensez que je peux passer chez lui.
- Je
peux vous emmener si vous le souhaitez. Je n’ai pas vu Philippe depuis
longtemps et je serais heureuse de le revoir.
- Je
croyais que vous refusiez de sortir ?
- Je
crois que je vais faire un effort. Il y a une chose ou deux que je voudrais
demander à Philippe justement.
- Et
bien je serai ravi d’y aller avec vous Eléonore.
- Je
vais prendre une douche avant, si vous permettez. Je crois bien ne pas m’être
lavée depuis plusieurs jours.
27 mai 2008
Tirez pas sur l'ambulance...
Réveil très matinal ce matin, bien avant l'heure officiel du lever
Pas d'amoureux, ni d'enfant à domicile. Le chat
parait heureux que je lui ouvre la porte à 6h15, mais repart vagabonder
une fois le ventre bien rempli.
Marre d'être toute seule, besoin de voir des têtes amies, de dire
bonjour, de faire un sourire à quelqu'un d'autre que mon reflet copieur
dans le miroir. Je vais aller au boulot plu tôt me dis-je: Carlito et
Yves le bricoleur seront déjà arrivés et moi je les aime bien mes deux
collègues mâles. C'est un peu comme aller bosser avec mon petit et mon
grand frère tous les jours. C'est donc à huit heures que je pars. En
plus le camion poubelle me laisse passer de justesse avant de bloquer
la rue pour 5 bonnes minutes. Sur les 7 feux qui me séparent du périph,
je n'en ai que 3 rouges, plutôt signe d'une bonne journée me dis-je.
Et puis le périph, à peine dessus que je n'avance plus, bouché de chez
bouché. Au loin j'entends les sirènes des ambulances. Ca clignote de
partout. J'ai l'émotion qui me monte à la gorge. Les accidents de la
route, ça me fait toujours de la peine. A vrai dire même un type en
panne d'essence sur le bord de la route, ça me fait de la peine. Enfin,
au bout d'un temps qui me parait très long, et où je commence à
apercevoir beaucoup mais beaucoup d'ambulances, et à avoir des larmes
dans les yeux, je m'aperçois qu'il s'agit juste d'une opération
escargot des ambulanciers en colère. Je reste émue. Les gens en grève
ça m'émeut toujours aussi. Je les trouve courageux de se battre. Bon
un jour, je vous ferai une liste de ce qui ne me touche pas, ce sera
plus rapide.
Pour finir j'arrive en retard au boulot alors que je devais y être en
avance je vous le rappelle. Je raconte à Carlito et Yves le bricoleur
les ambulances, puis je me fais un thé (un vrai si si avec théière et
tout et tout).
Deux heures moins le quart. J'ai mangé avec Salima et nous rentrons au
bureau. Et là j'aperçois juste avant de prendre le périph, les
ambulances qui sont arrivées jusque là. Vite, très fière de moi je
prends un autre chemin et là: coincées par les ambulances qui défilent
devant nous. Elles sont sorties du périph les gredines, rien que pour
m'embêter. En fait je crois que c'est plutôt pour aller titiller les
routiers dans le centre pas très loin. Et voilà encore en retard.
- Les ambulances, dis-je au gars...
Ils sont morts de rire bien entendu et n'ont toujours pas vu la moindre
ambulance depuis ce matin. Pfff, normal, elles étaient toutes sur mon
chemin à moi.
- Tu viens avec nous Aude à notre rendez-vous?
- Si vous voulez.
- Oui mais on se fait un café avant
(expresso le café, si si)
- On va être en retard.
- C'est pas grave.
On finit par partir, ne croisons pas la moindre ambulance mai arrivons
en retard puisqu'on a trainé à boire des cafés et émettre les
hypothèses les plus farfelus sur nos tickets restaurants postés depuis
plus de 10 jours et toujours pas arrivés dans nos boites à lettres.
- Oh excusez nous pour le retard, dit Yves le bricoleur.
Et moi je rajoute.
- Pffff, les ambulances, opération escargot sur le périph.
La mer monte (suite part 31)
Eléonore
- Bonjour,
sale temps hein ?
Je trouve rapidement ce que je cherche, de
la peinture pour verre. Je la choisis soigneusement, prends beaucoup de bleu et
de jaune. La caissière à l’air aussi déprimé que moi ne se sent pas tenue de me
faire la conversation, je lui en garderai une reconnaissance éternelle me
dis-je.
Douleur
C'est le plus souvent le matin qu'elle m'atteint, profitant de l'aube qui se lève pour se faufiler en moi, jeter son trouble, creuser sa place. Je me recroqueville, me replie sur moi. Etouffer la douleur, éteindre les peurs. Se lever au milieu des ruines. Taire la douleur alors que j'aimerais l'hurler. J'ai mal, si mal. J'ai mal à la vie qu'on m'a donnée sans me dire qu'en faire.
26 mai 2008
Marguerite (1)
Je vais avoir 81 ans dans quelques jours. J’attends plus mes anniversaires depuis longtemps. C’est la mort que j’attends. Un peu plus de huit années que je l’attends, un peu plus de huit années que je vis sans lui. Comment j’ai pu tenir huit ans sans qu’il me serre dans ses bras, comment j’ai pu passer huit années seule dans ce grand lit qui a accompagné nos années de mariage. Le temps me parait si long. On me dit que j’ai de la chance, que j’ai une belle famille, cinq enfants, tous en bonne santé et de nombreux petit enfants. Que m’importe cette famille si celui avec qui je l’ai fondé n’est plus là pour présider avec moi les repas de Noël.
Le temps me parait si long. La vie est si monotone. Quand il était encore vivant, nous voyagions beaucoup, nous avons fait plusieurs fois le tour du monde. Aujourd’hui mes journées sont rythmées par la routine.
Le temps me parait si long. Mes filles me proposent souvent de venir passer quelques temps chez elles mais j’ai peur de déranger. J’ai bien un fils qui habite encore le même village, il passe souvent. Leur petite elle passe moins souvent, elle a grandi, 13 ans aujourd’hui. Elle a passé tellement de temps avec moi quand elle était petite. Mais je comprends qu’elle ait autre chose à faire aujourd’hui.
C’est dur la solitude. J’ai grandi dans un château où nous étions dix frères et sœurs et je ne compte pas les innombrables cousins qui venaient pour les vacances. Puis à dix-neuf ans, j’ai quitté la maison pour me marier. Nos pères avaient été à l’école ensemble et avaient toujours espéré marier leurs enfants ensemble. Ce n’est pas moi qu’il devait épouser, c’était ma sœur. Enfin, c’est ce qui était prévu parce qu’ils avaient le même âge mais ils ne se sont jamais plus. C’est moi qu’il a choisi. Ça n’a pas toujours été facile. On ne se quittait jamais, on a toujours travaillé ensemble.



