Mots dits

Partager les mots pour oublier mes maux...

31 mai 2008

Vendredi du vin #14

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Deuxième participation aux vendredi du vin. Cette fois-ci c'est que ça se passe.

Le thème: Mais d'où sort-il celui là?

Premier souvenir olfactif. Une maison en lisière de forêt dans l’orne, près d’Alençon. J’ai 4 ans peut-être ? Dans cette maison, une cave et deux rangées de fûts de chaque côté. Je garde en mémoire l’odeur que dégageaient ces fûts. C’est plus tard que j’interrogeais ma mère :

-     - Dis maman, chez mémère de Tanville, il n’y avait pas une cave avec pleins de tonneaux ?

-     - Si, tu t’en souviens mais tu avais 4 ans quand elle est morte ?

Ces fûts devaient contenir du cidre je pense. Le seul souvenir que j’ai de mon arrière grand-mère, c’est l’odeur de sa cave !

Dimanche soir, c’est souvent triste les dimanches soir… Fin d’après-midi, balade sur la plage et si on passait chez Jim et Malika avant de rentrer. C’est l’heure de l’apéro en plus. Jim propose de nous faire gouter le vin de son père.

-     -Mais tes parents ils ne vivent pas à Alençon ?

-     -Si si à côté mais il fait du vin, quelques bouteilles tous les ans.

Un pinot noir récolté dans l’Orne on peut dire : « Mais d’où sort-il celui là ? ».

Jim nous fait gouter le vin de Dédé son papa. Que dire ? Pas mauvais, meilleur que ce que je pouvais imaginer. Toutefois il picote un peu.

      - Jim, il ne picote pas un peu quand même le vin de Dédé?

      - Si, mais justement c’est ce que j’aime.

Je crois qu’un peu de vin qui picote, c’est sa madeleine Proust, à Jim. Ça lui rappelle la maison familiale.

Et puis c’est dimanche soir et boire ce vin ça a quelque chose de réconfortant et ça me rappelle cette arrière grand-mère qui ne vivait pas très loin. Ah et puis  Dédé, son nom de famille c’est Vinclair… c'est joli non?


Toutes les photos ont été prises chez Dédé par Philippe

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30 mai 2008

La mer monte (suite part 34)

Aude et Bérangère

Aude et Bérangère connaissaient une vague de découragement. Où était le bel enthousiasme des premiers jours de leur grand voyage. C’est comme si elles avaient laissé des miettes de joie à tous les endroits où elles étaient passées. Aude ne cessait de penser à Daurios le grec et Bérangère à Olivio le musicien espagnol. Pour combler le tout, plus elles montaient vers le nord et plus le temps était épouvantable. Elles avaient quitté les terres arides du Portugal pour trouver sur leur chemin un temps de plus en plus humide et les gros titres qu’elles entrevoyaient sur les vitrines des maisons de la presse n’auguraient rien de meilleur là haut. Les infos, elles refusaient désormais de les écouter à la radio, trop déprimantes trouvaient-elles. Aude ne décolérait pas de revenir dans son pays à l’heure où un président qu’elle n’aimait vraiment pas allait être élu. Bérangère pensait qu’à ce sujet, rien encore n’était joué. Elles se demandaient parfois si le but de leur voyage allait être atteint, si elles allaient le retrouver ce fameux marchand de glaces.

Le vieux combi peinait de plus en plus et la pluie incessante n’arrangeait rien. Aude rêvait d’un jour sans entrevoir la pluie, ni la grisaille et d’une nuit sans entendre les grosses gouttes s’écraser et résonner contre la tôle du toit du camion. Elles manquaient cruellement de sommeil toutes les deux. Elles n’avaient presque plus le goût de boire du vin non plus, lui trouvant presque toujours une saveur fade de flotte.

 

- Pff, avec un temps pareil, la récolte de vin va être lamentable cette année.

- M’en parle pas. 2007 sera à rayer de tous les calendriers sur le vin.

Elles s’arrêtèrent toutefois à la vue d’un caviste dans un petit village. L’endroit à la faveur de la première éclaircie en trois semaines leur parut moins triste que tout ce qu’elles avaient vu depuis qu’elles avaient quitté l’oliveraie d’Olivio. Elles garèrent le combi et entrèrent dans la boutique fraîche et sombre. Son propriétaire s’appelait Laurent et il accueillit avec le sourire ses premières clientes depuis le début de la semaine. Il leur demanda d’où elles venaient et où elles allaient. Elles lui racontèrent par le détail leur épopée, Laurent ouvrant des bouteilles qu’il leur faisait déguster pendant ce temps. La pluie s’était déjà remise à tomber et Aude songea qu’à quelques minutes prêt, elles ne se seraient sans doute jamais arrêtées ici. Laurent leur proposa spontanément de rester dormir ici, au moins pour cette nuit, voir plus si elles en avaient envie. Il ne leur demanda pas ce qu’elles souhaitaient pour le dîner. Il avait soigneusement écouté leur récit et commença à éplucher les aubergines pour la moussaka. Il fouilla dans ses tiroirs pour retrouver quelques bougies. Pendant que la moussaka mijotait, il leur proposa une visite des caves. Aude huma aussitôt l’odeur familière des fûts de chêne et ne voulut plus quitter l’endroit. Elle expliqua à Laurent que cette odeur lui rappelait les fûts de chêne de la maison de son arrière grand-mère, que c’était la seule chose dont elle se souvenait de chez son arrière grand-mère d’ailleurs. Elle lui expliqua aussi, qu’ici elle ne voyait plus la tristesse du ciel et qu’elle n’entendait plus le bruit de la pluie. Laurent proposa gentiment d’installer une table et de dîner ici. Ils descendirent table, chaises, bougies, nappes et jolie vaisselle. On aurait dit un dîner dans une maison troglodyte avec une atmosphère un peu baroque en plus. Laurent était un fin cuisinier et sa moussaka fut trouvé délicieuse par les deux filles. Ici, elles sentaient leur tristesse s’effacer peu à peu. Les vins étaient ensoleillés et réchauffaient le cœur des trois convives. Laurent aimait découvrir des cépages rares et oubliés. A la fin de la soirée, Aude émit le souhait de dormir à la cave. L’hospitalité de Laurent comprenait difficilement qu’on puisse préférer dormir dans la cave plutôt que dans l’une des chambres d’amis décorée sinon avec goût au moins avec toute la chaleur de sa femme pour l’heure en vacances chez ses parents. Il se plia néanmoins à leur désir, Bérangère ayant trouvé l’idée d’Aude géniale. Il descendit matelas et couettes, s’assura par trois fois qu’elles ne manquaient de rien et remonta se coucher dans la chambre conjugale désertée.

Aude et Bérangère dormirent d’un sommeil de plomb. Le silence s’il les étourdit un moment, les aida à retrouver sérénité et sommeil. Elles dormirent jusqu’au lendemain midi. Laurent, inquiet était descendu plusieurs fois voir si tout allait bien pour ses invitées. Rassuré, il remontait. Il avait rangé le combi dans un de ses garages, pensant que celui-ci serait heureux de passer une nuit au sec. Il se permit même de prendre leurs affaires sales et de faire une lessive et de passer le tout au sèche linge. Les filles se réveillèrent enjouées et reposées. Bérangère monta là-haut voir Laurent tandis qu’Aude refusait encore de revoir le jour et d’entendre la pluie. Laurent fut ravi qu’elles aient bien dormi et leur descendit le petit déjeuner à la cave.

Elles restèrent chez Laurent trois jours. C’est le temps qu’il leur fallait pour se ressourcer. Elles écrirent beaucoup durant ces trois jours, burent pas mal aussi. Puis, elles furent fin prêtes pour le départ. Il ne leur restait plus beaucoup d’étapes jusqu’à leur but et elles avaient subitement hâte d’y arriver.


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29 mai 2008

Orage

Je l’ai senti frémissant toute la journée, je l’ai entendu gronder au loin, j’ai respiré l’odeur de la terre brûlante, j’ai vu le ciel s‘assombrir brusquement puis j’ai perçu le premier grondement. J’aime les orages quand ils viennent achever une journée trop chaude. J’aime la pluie drue illuminée d’éclairs qui s’écrase sur le sol trop sec. Elle roule, dévale, dévaste. Je suis seule dans le salon. Je ne sais pas très bien où sont passés les autres. J’allume des bougies. (...) Je me sers un verre de vin, le bois dans le fauteuil, jambes repliées sous moi et je me laisse aller à la mélancolie. Les notes du violon accompagnent ma première gorgée de vin.

(...)

Fin d’après-midi. J’ai profité d’une accalmie de l’orage pour descendre seule au village. L’air est bouillonnant d’électricité et d’humidité. Le ciel et bas, si bas appuyant la lourdeur de l’atmosphère. La pluie qui dégringole les vieilles marches en pierre s’engouffre dans mes chaussures. Je les enlève et avance pieds nus, mes sandales à la main jusqu’au bar. J’ouvre la porte close. Je devine plus que je vois Roberto derrière le bar. Mes yeux s’habituent doucement à la pénombre des lieux et commencent à distinguer les silhouettes. Un visage me dit vaguement quelque chose et je vois bien qu’il me connait. Il m’appelle même par mon prénom.

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La mer monte (suite part 33)

J’avais presque oublié l’existence de la pluie avant de monter dans la voiture de Norbert. Je lui indique la route pour aller chez Philippe. Les champs autour de nous commencent à être inondés un peu partout. Il y a même des routes de coupées pour inondation qui nous oblige à faire des détours. Et il continue de pleuvoir sans discontinuer. Heureusement le chemin est court. Je me demande si c’est une bonne idée d’accompagner Norbert chez Philippe, mais je tiens à lui poser des questions au sujet du fameux cataclysme dont il m’a parlé des années durant. C’est avec une légère appréhension que je sors de la voiture et que je monte jusque chez Philippe. Il a construit un mur  depuis la fois où je suis allée chez Petra. Je me demande quand il a bien pu trouver le temps de faire ça avec les torrents d’eau qui sont tombés. Norbert regarde étonné la digue de Philippe. Je sonne à la porte. C’est Isée qui ouvre. Je suis soulagée de la voir ici. J’ai toujours beaucoup aimé la mère de Philippe même si je n’ai pas souvent eu l’occasion de la rencontrer.

 

- Eléonore. Et bien ça me fait plaisir de te revoir. Allez entrez tous les deux.

- On ne vous dérange pas ?

- Non non. Au contraire, on ne voit plus jamais personne. Philippe est dans son atelier.

- Norbert souhaitait voir les sculptures de Philippe.

- Et bien ça tombe bien. Il y en a plein de nouvelles justement. Allons le rejoindre.

Je suis Isée dans cette maison que j’ai habitée. Rien n’a vraiment changé. Philippe est en train de travailler. Il nous jette un regard surpris.

 

- Eléonore ? C’est surprenant de te voir.

- Je sais. Norbert est un de mes clients et il avait entendu parler de tes sculptures.

Philippe regarde Norbert avec la même intensité qu’il regarde chaque nouvelle personne qu’il rencontre. C’est comme si à chaque fois, il cherchait à percer l’âme de celui qu’il découvre. L’âme de Norbert semble lui convenir vu le sourire qu’il arbore rapidement.

 

- Bienvenue Norbert et merci de venir jusqu’ici.

Je laisse les deux hommes papoter et je rejoins Isée qui s’est éclipsée.

 

- Isée ?

Isée lève la tête du bouquin où elle semblait s’être replongée juste interrompue pour nous accueillir.

 

- Oui ?

- Il y a longtemps que tu es revenue ici ?

- Non quelques jours à peine.

- Et tu vas rester longtemps ?

- Je ne sais pas.

Isée baisse les yeux rapidement. Je lui trouve l’air fatigué.

 

- Dis-moi ce qui se passe ?

- C’est le déluge. Il aura lieu dans quelques semaines.

- Le déluge auquel se prépare Philippe depuis des années ?

- Oui. Ecoute Eléonore, je sais que tu n’as jamais vraiment pris au sérieux les théories de Philippe quant à ce déluge mais je t’assure que tu dois le croire.

Je fonds en larmes face à cette vérité que j’étais venue chercher mais que je ne voulais pas entendre.

 

- Je vous crois. C’est bien ce qui m’effraye.

Isée s’approche de moi et pose une main rassurante sur mon épaule.

 

- Ne t’en fais pas trop. En étant prévenue tu as les moyens de te protéger du danger.

- Mais tous les autres ? Vous allez les prévenir aussi ?

- Oui. On le fait déjà mais on ne nous prend pas au sérieux. Il n’y a que les élections qui comptent en ce moment.

Nous entendons les deux garçons revenir. J’essaye de cacher mes larmes. Norbert et Philippe les voient aussitôt.

 

- Que se passe-t-il Eléonore ? Qu’avez-vous ?

Je me sens incapable de répondre. Isée le fait à ma place.

 

- Eléonore vient d’apprendre une mauvaise nouvelle.

- Tu lui as tout dit, demande Philippe à sa mère ?

- Les grandes lignes seulement.


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28 mai 2008

Marguerite (fin)

Je n'ai pas vu le temps filer. Comme si toutes ces années étaient passées juste pour alimenter mes souvenirs de vielle femme. Je vis dans mon passé, égraine sans répit le vieux film de ma vie. Une de mes petites filles m'a dit l'autre jour que venir chez moi, c'était comme entrer dans un livre.

Je n'ai pas vu le temps filer. Nous avons travaillé dur longtemps. Je n'ai pas suffisamment regardé mes enfants, ne les ai pas vu grandir. Je me reproche parfois de ne pas avoir été une bonne mère, de ne pas les avoir suffisamment aimés. On ne m'a pas appris à dire je t'aime. Ils ont parfois fait des choses étranges mes enfants. Quand ma sœur m'appelait pour m'inviter au mariage en grande pompe de son fils, moi je venais d'apprendre que ma dernière fille avait décidé d'être bergère. C'était les années 70, et mes filles étaient dans leur période hippie. 
Nos cœurs avaient failli nous lâcher presqu'au même moment. On avait eu si peur, du coup nos cœurs malades s'étaient rapprochés et battaient plus fort encore l'un pour l'autre.
Quand Loulou est mort, l'an 2000 venait juste de commencer. Je ne suis pas sure de le rejoindre un jour, je ne sais plus très bien si je crois en tout ça mais je n'ai juste plus envie de vivre sans lui, tout simplement. Je voudrais tant sentir ses yeux me contempler avec toute cette tendresse accumulée au fil des ans, une fois, une fois encore.

Posté par blairaudes à 10:15 - Petites histoires - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

La mer monte (suite part 32)

C’est le désert que j’aperçois en premier quand je me réveille. J’ai oublié d’éteindre toutes les lumières hier soir. La maison étincelle comme un jour de fête. Je perds toute notion du temps comme dans certains musées. La faim me tiraille l’estomac. Je me félicite du travail de la veille. Je n’ai plus aucune idée du temps qu’il peut bien faire dehors. C’est merveilleux. Les doubles vitrages empêchent les bruits de l’extérieur d’entrer. Voilà, je vais faire un gros plein de courses, remplir le frigo et le congélateur et je ne sors plus que dans plusieurs semaines quand le beau temps sera revenu. Il finira bien par revenir ce fichu soleil. Dans le frigo, je me jette sur le fromage que je dévore avec avidité. Je meurs de soif aussi. J’ai l’impression que les vapeurs de peinture n’ont pas tout à fait quitté ma tête, ni la maison d’ailleurs mais je ne veux pas aérer. Je vais rester dans cet atmosphère confiné jusqu’au retour du soleil.

On frappe soudain à la porte. J’ouvre. C’est Norbert, un de mes clients avec qui j’avais rendez-vous aujourd’hui.

 

- Excusez moi pour le retard, Eléonore mais avec ce mauvais temps, on ne compte plus les accidents sur l’autoroute.

- On avait rendez-vous à quelle heure ?

- Trois heures.

- Et il est quelle heure ?

- Quatre heures.

Je le laisse entrer.

 

- Je viens de me réveiller. J’ai un peu perdu la notion du temps.

- Oh je peux revenir plus tard, Eléonore, si je vous dérange.

- Non non Norbert. Je vais juste nous faire un thé.

J’aime beaucoup Norbert. C’est un de mes clients préférés. Il est toujours d’une courtoisie exemplaire. Norbert est notaire et vient de Paris pour m’acheter des meubles. Il ne discute jamais les prix, paye comptant et m’emmène dîner dans des restaurants où on sert des vins prestigieux. Il a l’habitude de dessiner des roses partout : au dos de ses chèques, sur les notes de restaurant, dans ses courriers et même sur ses dossiers de travail. C’est d’ailleurs comme ça que je l’ai rencontré. Quand ma grand-mère est morte à Paris, j’ai cherché un notaire pour régler la vente de l’appartement. J’en avais rencontré un le matin qui m’avait déplu et puis je suis rentrée dans l’étude de Norbert et j’ai vu ses dossiers tapissés de roses. J’ai alors décidé que ce serait lui le notaire que je choisirais pour régler la succession de ma grand-mère. Il s’est à cette époque intéressé à mon travail et est devenu mon premier client fidèle.

Norbert pénètre la maison. Il regarde étonné les fenêtres peintes, s’approche pour observer les détails, recule pour jauger l’ensemble. Quand je nous ramène une théière pleine, il me demande :

 

- Combien vous prendriez Eléonore pour faire la même chose aux fenêtres de mon appartement.

Norbert habite un hôtel particulier dans le seizième incroyablement classe et je ris à l’idée d’en peindre toutes les fenêtres.

 

- Vous souhaitez vraiment ça dans votre appartement ?

- Je n’en peux plus de la grisaille, comme vous. Vous pourriez aussi le faire à l’étude. Mes collaboratrices dépriment. C’est même là-bas que vous devriez attaquer en premier.

- Je ne sais pas Norbert. Je me suis promis de ne plus sortir d’ici jusqu’à ce que le beau temps revienne.

- Bon et bien réfléchissez quand même.

J’emmène Norbert à l’atelier pour qu’il y choisisse les pièces qu’il l’intéresse.

 

- A propos, Eléonore, vous pourrez peut-être m’aider. Je cherche un sculpteur qui travaille les bois flottés. On m’a dit qu’il habitait le coin.

- Philippe ?

- Oui, je crois qu’il s’appelle Philippe. Vous le connaissez ?

- Oui. C’est un ami.

- Vous pensez que je peux passer chez lui.

- Je peux vous emmener si vous le souhaitez. Je n’ai pas vu Philippe depuis longtemps et je serais heureuse de le revoir.

- Je croyais que vous refusiez de sortir ?

- Je crois que je vais faire un effort. Il y a une chose ou deux que je voudrais demander à Philippe justement.

- Et bien je serai ravi d’y aller avec vous Eléonore.

- Je vais prendre une douche avant, si vous permettez. Je crois bien ne pas m’être lavée depuis plusieurs jours.

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27 mai 2008

Tirez pas sur l'ambulance...

Réveil très matinal ce matin, bien avant l'heure officiel du lever

Pas d'amoureux, ni d'enfant à domicile. Le chat parait heureux que je lui ouvre la porte à 6h15, mais repart vagabonder une fois le ventre bien rempli.
Marre d'être toute seule, besoin de voir des têtes amies, de dire bonjour, de faire un sourire à quelqu'un d'autre que mon reflet copieur dans le miroir. Je vais aller au boulot plu tôt me dis-je: Carlito et Yves le bricoleur seront déjà arrivés et moi je les aime bien mes deux collègues mâles. C'est un peu comme aller bosser avec mon petit et mon grand frère tous les jours. C'est donc à huit heures que je pars. En plus le camion poubelle me laisse passer de justesse avant de bloquer la rue pour 5 bonnes minutes. Sur les 7 feux qui me séparent du périph, je n'en ai que 3 rouges, plutôt signe d'une bonne journée me dis-je.
Et puis le périph, à peine dessus que je n'avance plus, bouché de chez bouché. Au loin j'entends les sirènes des ambulances. Ca clignote de partout. J'ai l'émotion qui me monte à la gorge. Les accidents de la route, ça me fait toujours de la peine. A vrai dire même un type en panne d'essence sur le bord de la route, ça me fait de la peine. Enfin, au bout d'un temps qui me parait très long, et où je commence à apercevoir beaucoup mais beaucoup d'ambulances, et à avoir des larmes dans les yeux, je m'aperçois qu'il s'agit juste d'une opération escargot des ambulanciers en colère. Je reste émue. Les gens en grève ça m'émeut toujours aussi. Je les trouve courageux de se battre. Bon un  jour, je vous ferai une liste de ce qui ne me touche pas, ce sera plus rapide.
Pour finir j'arrive en retard au boulot alors que je devais y être en avance je vous le rappelle. Je raconte à Carlito et Yves le bricoleur les ambulances, puis je me fais un thé (un vrai si si avec théière et tout et tout).
Deux heures moins le quart. J'ai mangé avec Salima et nous rentrons au bureau. Et là j'aperçois juste avant de prendre le périph, les ambulances qui sont arrivées jusque là. Vite, très fière de moi je prends un autre chemin et là: coincées par les ambulances qui défilent devant nous. Elles sont sorties du périph les gredines, rien que pour m'embêter. En fait je crois que c'est plutôt pour aller titiller les routiers dans le centre pas très loin. Et voilà encore en retard.

    - Les ambulances, dis-je au gars...

Ils sont morts de rire bien entendu et n'ont toujours pas vu la moindre ambulance depuis ce matin. Pfff, normal, elles étaient toutes sur mon chemin à moi.

    - Tu viens avec nous Aude à notre rendez-vous?
    - Si vous voulez.
    - Oui mais on se fait un café avant

(expresso le café, si si)

    - On va être en retard.
    - C'est pas grave.

On finit par partir, ne croisons pas la moindre ambulance mai arrivons en retard puisqu'on a trainé à boire des cafés et émettre les hypothèses les plus farfelus sur nos tickets restaurants postés depuis plus de 10 jours et toujours pas arrivés dans nos boites à lettres.

    - Oh excusez nous pour le retard, dit Yves le bricoleur.

Et moi je rajoute.

    - Pffff, les ambulances, opération escargot sur le périph.

Posté par blairaudes à 20:00 - Bréves de vie de comptoir - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

La mer monte (suite part 31)

Eléonore

J’allume la télé machinalement : la pluie, encore la pluie, on ne parle plus que de ça. Tous les records de précipitation sont pulvérisés depuis qu’on les relève. Partout la pluie, dehors, par la fenêtre, à la télé, dans les journaux, dans les conversations chez la boulangère. Je n’en peux plus de cette pluie qui gagne mes yeux en permanence et qui finit par couler sur mes joues.

Je finis de grignoter sans enthousiasme ma tartine et, je n’achèverai pas mon thé. Je jette un regard exténué par la fenêtre, ce n’est plus possible. J’ai une idée. Je me lève et je monte m’habiller à la hâte sans prendre la peine de me laver. Je ne supporterais pas de sentir l’eau couler une fois de plus sur mon corps. Une fois vêtue, je monte dans la voiture qui va me mener en ville, au magasin de loisirs créatifs. Le magasin n’est pas encore ouvert. Dans ma précipitation, je n’ai pas prêté attention à l’heure. Enfin, il sera dix heures dans une quinzaine de minutes. Je vais m’offrir un thé dans le café d’à côté en attendant. Le patron m’accueille d’un :

 

- Bonjour, sale temps hein ?

Je ne réponds pas. Je ne veux plus échanger la moindre considération d’usage sur le temps qu’il fait. Je bois mon thé de façon catatonique. Quand j’aperçois les grilles du magasin se lever, je me lève, paye mon thé et je quitte le bar.

Je trouve rapidement ce que je cherche, de la peinture pour verre. Je la choisis soigneusement, prends beaucoup de bleu et de jaune. La caissière à l’air aussi déprimé que moi ne se sent pas tenue de me faire la conversation, je lui en garderai une reconnaissance éternelle me dis-je.

Une fois rentrée, c’est à peine si je prends le temps d’ôter mon ciré trempé avant de commencer à sortir la peinture et les pinceaux. Enivrée par l’odeur forte qui s’en échappe et par mon dessein, je m'avance jusqu’aux baies vitrées. Je commence à les peindre. Quand j’ai terminé la première je me recule pour admirer le résultat. J’ai repeint en trompe l’œil l’exacte réplique de ce que je vois au dehors mais sous le soleil. Ce sont bien les mêmes champs mais sous une joyeuse lumière printanière que l’on peut distinguer. Satisfaite du résultat, j’entreprends de peindre les autres fenêtres de ma maison. Au fil des vitres, je laisse aller mon imagination et je me retrouve avec une peinture du désert dans ma chambre. La maison se retrouve considérablement assombrie. Ce n’est pas grave, j’en profite pour allumer toutes les lampes que j’ai, surtout celles que je préfère, celles de Daurios, un restaurateur grec, rencontré au Portugal, qui crée des lampes incroyables en bois précieux. Il fait nuit quand je termine enfin. Je n’ai rien avalé depuis ma tartine de ce matin, rien bu non plus. Les essences de peinture et le manque de nourriture me font tourner la tête. Je n’ai même plus la force de descendre jusqu’à ma cuisine. Je m’effondre sur le lit, saoule de peinture.

Posté par blairaudes à 08:57 - La mer monte - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Douleur

C'est le plus souvent le matin  qu'elle m'atteint, profitant de l'aube qui se lève pour se faufiler en moi, jeter son trouble, creuser sa place. Je me recroqueville, me replie sur moi. Etouffer la douleur, éteindre les peurs. Se lever au milieu des ruines. Taire la douleur alors que j'aimerais l'hurler. J'ai mal, si mal. J'ai mal à la vie qu'on m'a donnée sans me dire qu'en faire.

Posté par blairaudes à 06:23 - Empreintes - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 mai 2008

Marguerite (1)

Je vais avoir 81 ans dans quelques jours. J’attends plus mes anniversaires depuis longtemps. C’est la mort que j’attends. Un peu plus de huit années que je l’attends, un peu plus de huit années que je vis sans lui. Comment j’ai pu tenir huit ans sans qu’il me serre dans ses bras, comment j’ai pu passer huit années seule dans ce grand lit qui a accompagné nos années de mariage. Le temps me parait si long. On me dit que j’ai de la chance, que j’ai une belle famille, cinq enfants, tous en bonne santé et de nombreux petit enfants. Que m’importe cette famille si celui avec qui je l’ai fondé n’est plus là pour présider avec moi les repas de Noël.

Le temps me parait si long. La vie est si monotone. Quand il était encore vivant, nous voyagions beaucoup, nous avons fait plusieurs fois le tour du monde. Aujourd’hui mes journées sont rythmées par la routine.

Le temps me parait si long. Mes filles me proposent souvent de venir passer quelques temps chez elles mais j’ai peur de déranger. J’ai bien un fils qui habite encore le même village, il passe souvent. Leur petite elle passe moins souvent, elle a grandi, 13 ans aujourd’hui. Elle a passé tellement de temps avec moi quand elle était petite. Mais je comprends qu’elle ait autre chose à faire aujourd’hui.

C’est dur la solitude. J’ai grandi dans un château où nous étions dix frères et sœurs et je ne compte pas les innombrables cousins qui venaient pour les vacances. Puis à dix-neuf ans, j’ai quitté la maison pour me marier. Nos pères avaient été à l’école ensemble et avaient toujours espéré marier leurs enfants ensemble. Ce n’est pas moi qu’il devait épouser, c’était ma sœur. Enfin, c’est ce qui était prévu parce qu’ils avaient le même âge mais ils ne se sont jamais plus. C’est moi qu’il a choisi. Ça n’a pas toujours été facile. On ne se quittait jamais, on a toujours travaillé ensemble.

Posté par blairaudes à 09:16 - Petites histoires - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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