21 septembre 2008
Heureuse qui comme Ulysse
Assis à la terrasse d’un café, face à la mer, je suis avec un ami chez qui je séjourne quelques jours. A la contemplation de la mer, je préfère celle des visages qui m’entourent. Une jeune femme attire mon regard. Son attention semble toute au livre qu’elle lit avidement. Elle saisit de temps en temps et sans la regarder une tasse de café qu’elle porte à ses lèvres distraites.
- C’est qui cette fille ? Tu la connais ?
- Non pas vraiment. Ici, ils la surnomment « heureuse qui comme Ulysse »
- Pourquoi ?
- Elle se promène toujours avec ce livre « Qui comme Ulysse » et ça parait la rendre heureuse.
Je me levai et m’approchai d’elle pendant qu’une nouvelle fois elle menait la tasse à ses lèvres, tasse vide sans que cela parusse l’émouvoir. Ses yeux qui se levèrent, me désignèrent la chaise face à la sienne. Elle me raconta alors son voyage.
C’est dans sa chaise longue qu’il commença. Septembre était ensoleillé, frais et ventu, mais très ensoleillé. Le jardin était à l’abri du vent. Des cyclamens sauvages s’y étaient promenés puis s’y trouvant bien y étaient restés. Le soir silencieux, lui amenait le bruit des vagues. Elle sentait à ses narines frémissantes le parfum entêtant des empanadas d’Ulises. « Ulises, on aurait dit une nouvelle de Cortazar », me murmura-t-elle. Qui aurait pu résister à des empanadas à St Germain des prés ?
Elle continua le récit de son voyage. « J’ai écouté du tango pour accompagner Yvon à Buenos Aires ». Elle chantonna : « Tango que he visto bailar
Contra una ocasa amarilla
Por quienes eran capaces
De otro baile, el del cuchillo »
« C’est Borges qui l’a écrit me souffla-t-elle. J’ai fini par transporter ma maison du bord de mer ailleurs. »
Que faisait-elle en Normandie cette maison avec son toit plat et son rideau de passiflores ? Elle aurait tout aussi bien pu être aux Antilles ou bien au Pérou. Ça doit bien exister un endroit au Pérou avec des maisons aux toits plats, aux rideaux de passiflores et la mer ? Là-bas, au Pérou, elle y rencontra un joueur d’échecs. Il connaissait tous les saints. « Prions Sainte Françoise romaine pour la suite du voyage me supplia-t-elle. ». Et elle accompagna des amies au sports d’hiver. Sur la route, elle rencontra un homme en panne aux côtés du cercueil de son frère.
Elle s’élança de sa chaise, me pria de la suivre face à la mer, son livre dans une main, la mienne dans l’autre. L’horizon était infini ce soir là. Nous étions côte à côte, visage tournés vers le lointain. Elle m’entraina sur le premier bateau qui passa. Nous ouvrîmes les yeux et nous étions en Inde. Nos compagnons de voyage étaient odieux, les habitants tristes. Elle affirma : « C’est pareil en Thaïlande, ces connards de touristes pourrissent tout. ».
Elle retourna en Normandie, elle y rencontra une fillette qui lui raconta une île abandonnée. « C’est pas très loin d’ici, là où le Temps passe. »
Puis comme Ulysse, elle rentra chez elle. Son amant, de retour de pêche aux bouquets la retrouva endormie sur le sofa. Elle se réveilla fatiguée, des souvenirs pleins les yeux : « Ces voyages, c’est beau mais épuisant . ».
Heureuse qui comme Ulysse avait terminé son récit. Elle ouvrit mes mains, y déposa son livre.
Commentaires
Vous rencontrez des gens épatants, Aude, aussi bien en vrai que dans vos rêves.
Papistache: et sur les blogs aussi!
C'est un très beau texte Aude...
...
Très beau voyage au travers des pages.
:)
Quelle jolie rencontre. Y'a longtemps que j'ai pas fait une jolie rencontre avec une personne inconnue... bien longtemps...
Voilà le genre de voyage que j'aimerai faire ces jours ci
Vraie ou pas, quelle belle histoire!
Fil: merci
Kris: c'est ce qui est merveilleux dans les livres.
Sandrine: Tu crées dans ton imaginaire de belles rencontres, tout le temps. On aime te suivre.
Adi: Laisse toi emporter, je t'emmène.
Janeczka: J'avais envie de vous parler de ce livre qui m'a plu sans en faire une critique.
C'est un texte qui fait rêver, je trouve...
le tour du monde en 4 minutes
bien sympathique, j'ai voyagé à travers le monde en qq minutes. Ca fait de moi un touriste assez peu dérangeant.
Fanette: je l'ai écrit pour ça.
Choule: Je suis heureuse que tu ais embarqué.
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