03 décembre 2009
Portrait
Il avait le visage fatigué et ses yeux des
lendemains de cuite mais son sourire charmeur. Pourquoi parmi les
habitués du midi de ce troquet est-il mon préféré?
Quand je fais une
toile m'a-t-il expliqué un jour, il faut compter le prix de la toile,
puis celui de la peinture et les bouteilles que je descends.
J'aimerais que tout ça ne soit que fanfaronnade...
Il avait le visage fatigué et ses yeux de lendemain de cuite mais il débordait de projets à me raconter.
Il
avait le visage fatigué mais ses yeux suivaient la jolie femme qui
passait. " Pfff, elle sort de la boucherie ", s'écrie ce végétarien. "
T'achètes bien de la viande à tes mômes, lui dis-je".
Il avait le visage fatigué et ses yeux de lendemain de cuite mais il m'a raconté Moscou.
" Tu ne devrais pas être en train de peindre là maintenant lui ont dit les autres"
" Si , répond-il simplement"
Il avait le visage fatigué et ses yeux des lendemains de cuite mais son sourire charmeur.
Je sais bien pourquoi il est mon préféré ici.
25 novembre 2009
La nuit, le vent, Tolstoï et moi
Dehors, c'est la tempête. Elle avait pourtant cessé hier mais là dans la nuit, elle a repris des forces. Je me réveille. Les chiffres rouges du réveil m'indiquent que je devrais encore dormir. Impossible. J'entends le vent qui tente d'engouffrer la maison, la pluie qui claque sur le toit. J'allume,je vais lire. Je relis Anna Karénine depuis plusieurs jours. Une envie comme ça, j'ai bousculé tous mes livres pour retrouver les deux vieux tomes de Tolstoï. Je les avais achetés chez le bouquiniste il y a longtemps, 15 francs chacun, c'est encore noté sur la dernière page. Je crois que je me souviens d'où vient chacun de mes livres. J'oublie beaucoup de choses mais pas ça. Je l'aime beaucoup cette Anna. Je me souviens de l'envie de relire. C'est une conversation sur Tolstoï l'autre jour au bar. Je me demande comment une brève de comptoir peut donner envie de relire un livre qui n'a rien de bref. C'est pour ça que je n'aime pas me séparer de mes livres, je veux pouvoir m'enfuir à St Pétersbourg au coeur d'une nuit venteuse quand il me chante parce que je me rappelle une brève de comptoir.
03 novembre 2009
Devinette
La Pierre précieuse a découvert ce week-end son nouveau sport préféré. Un cadeau à celui qui devinera de quel sport il s'agit.
PS: la famille n'a pas le droit de participer.
01 novembre 2009
De la perfidie
La petite phrase perfide qu'on vous dit, celle qui s'insinue en vous, fait mal parfois. Quand j'entends une petite phrase perfide, je me demande toujours si elle a été dite volontairement ou pas et si elle n'est pas volontaire, est-ce un lapsus qui révèle la pensée profonde de celui qui vient de la dire, ou bien juste une maladresse assortie d'un zeste de bêtise?
06 octobre 2009
Photographe conceptuel
Avec ce nouvel appareil, je m'étais dit que je n'allais pas faire des photos de la mer tous les jours, il me fallait donc un projet, quelque chose qu m'ouvre les portes des galeries, un truc un peu conceptuel quoi...
Tous les jours, en passant devant la villa " Mimi Pinson", j'ai remarqué, enfin la Pierre précieuse a remarqué un monsieur, que par commodité nous avons nommé Papa R. Ce monsieur est toujours assis à la même place dos à la mer et yeux devant la télé. A chaque fois que je suis passée je l'ai vu à cette place, regardant la télé, mangeant devant la télé, somnolant devant la télé... sauf une fois. Normal a déclaré la Pierre précieuse, faut bien qu'il aille aux toilettes.
J'avais donc décidé de faire une photo par jour de papa R, papa R le 3 septembre à 18h30, papa R le 15 aout à 13h00... En voilà un concept.
Il y a une quinzaine de jours, j'ai décidé de commencer. Armée de mon bel appareil, je me suis dirigée devant la Villa Mimi Pinson. Les volets étaient fermés. J'avais juste oublié un détail Papa R est reparti regarder la télé en région parisienne.
Et voilà ma carrière de photographe conceptuel qui tombe à l'eau... remarquez que je pourrais aussi photographier le volet jusqu'à son retour.
La villa Mimi Pinson avec la fenêtre fermée
du coup, j'ai photographié le ciel.
15 septembre 2009
Le défi de Ninie.
C'est mon défi, Ninie l'a décidé, je dois raconter ma rencontre avec Umbre.
Que dire... Nous nous étions déjà ratés en août: il avait mis son vélo dans le train quand j'avais mis mon fils dans la voiture mais pas dans les mêmes directions. Alors malgré son week-end chargé, Umbre a eu la gentillesse de m'accorder une petite heure. J'ai cherché un café pas loin du Louvres, hésité place Colette pour finir place Malraux. Phil Amant m'accompagnait (heureusement parce que sans les explications de ce dernier, et avec seulement les miennes, Umbre chercherait encore).
C'est un peu angoissant ces rencontres. On scrute les passants, pousse un soupir de soulagement quand un type patibulaire qui parait chercher quelqu'un passe son chemin. Umbre, j'ai longtemps cru que c'était une femme. Allez savoir pourquoi... Je l'ai longtemps imaginé plus vieux qu'il ne doit l'être en réalité avec même des enfants aussi vieux que lui!
Puis il est arrivé...
03 septembre 2009
Big Boss, le retour de vacances.
Big Boss est de retour de vacances, 4 semaines aux Etats Unis, dont Hawaï, son fils de 10 ans désirait découvrir le surf... Petite visite de rentrée mardi où l'équipe normande était au grand complet puisque la Haute Normandie représentée par Jeannot était également présente.
Salutations d'arrivée:
- Oh Carlito, t'es bien bronzé, en revanche Aude vous l'étiez plus avant de partir en vacances, faudra m'expliquer. Et bien Little Boss mon cochon, t'as pas maigri!
Jeannot tente depuis son retour de vacances de nous organiser un week-end en voilier, sa grande passion. Pendant qu'il en discute avec Carlito et moi, Big Boss surgit:
- ça vous dit Big Boss, un week end en voilier.
- ça dépend quand?
- dernier week-end de Septembre.
Consultation du dernier I phone
- Non je suis à un mariage. On fait ça le premier week end d'octobre.
Le silence vaut acquiescement, enfin Big Boss le croit:
- Vous avez prévu quoi comme voilier?
- un petit 8 mètres.
- Non j'ai le mal de mer. Je veux ma cabine. Faut au moins un 15 mètres.
Moi bien plus tard, après le départ de Big Boss:
- ca va être sympa ce petit week-end sur un ferry. Peut-être qu'on peut louer le Phocea aussi.
Midi restaurant:
- T'as pas ramené du pinard de tes vacances, demande le Big au Little?
- Non
- Pourtant t'as du en voir des vignes. Et du jambon d'Espagne, t'as ramené du jambon d'Espagne?
- Non plus
- Y'a pourtant un jambon qu'est délicieux. Comment s'appelle-t-il. Il appelle le restaurateur à contribution qui sèche (comme le jambon).
- le serrano, je propose?
- Non, attends, j'appelle ma soeur (notre comptable mariée à un espagnol)
Il tapote sur son I Phone:
- Elisa, tu peux me rappeler, c'est assez urgent.
Rappel dans les 5 minutes de la soeur sur le point d'accoucher.
- Ah oui le trevélez, c'est ça. Il vient d'où votre saumon demande-t-il soudain au restaurateur.
- de Norvège.
- Ah mon poissonnier le fait venir de Cherbourg. Vous devriez en faire autant.
- Si je le faisais le menu ne serait plus à 15€.
Plus tard dans l'après-midi:
- Vous avez vu le voisin récemment (le voisin est antiquaire et vieux pote de Big Boss)?
- Non.
- Je vais passer le voir.
Big Boss revient au bout d'une demi-heure, une toile sous le bras, une lampe dans l'autre. Hurlements de Carlito et Jeannot devant la toile:
- C'est affreux.
- Aude, vous en pensez quoi ( Je suis un peu la caution artistique de ce bureau pour Big Boss, à cause de Phil Amant je pense)
- J'aime bien.
Je suis sincère. Je le trouve plutôt pas mal et assez drôle ce tableau des années 30.
Jeannot s'esclaffe:
- Pfff t'es trop fayotte.
Little Boss s'y met:
- En tout cas je ne veux ni de la lampe, ni du tableau dans mon bureau.
- De toute façon, je lui ai pris parce qu'il ne vend rien en ce moment.
Voilà, la lampe est posée sur un tas de carton près de la cheminée et je viens d'accrocher la toile sous la véranda.
24 juillet 2009
Chroniques du bar-dit-pas-du-golf
En passant devant le bar-dit-du-golf, j'ai envie de m'y arrêter. Laurent a étendu le store qui fait une lumière toute douce et les guirlandes lumineuses sont allumées. C'est joli. Mais voilà, j'ai rendez-vous au bar-dit-pas-du-golf où je vais rarement sauf les jours de concerts sympas. J'y retrouve S et puis tout un tas de monde que je connais plus ou moins bien, c'est selon... Je commande un verre de blanc, il est pourtant imbuvable ici. Sans doute que je veux vérifier. Je vérifie. Il est imbuvable et me donnera mal à la tête demain matin.
La musique est dansante. J'aperçois le légionnaire. Il est trop loin pour que je puisse observer une larme qui glisserait sur sa joue.
Un type passe près de moi me demande mon prénom, me donne le sien.
- Tu veux un verre, me demande-t-il?
- Non.
- Une crêpe au chocolat.
- Non.
- Une folle nuit d'amour.
- Non.
- Un bébé? Vous voulez toutes des bébés.
- Non.
Je souris.
Je regarde la mer et le ciel. Les couleurs sont si contrastées qu'on dirait un décor de cinéma comme dans les films d'Hitchcock.
Une grande nana à tête d'anglaise s'installe entre nous. Il continue de me parler au-dessus d'elle.
- T'es dure en affaires me dit-il.
La nana-à-tête-danglaise me dit:
- Tu sais, faut le prendre au deuxième degré.
Comme si j'avais pas compris!
Je souris. Il se marre.
Il part danser avec une copine. J'en profite pour discuter avec son mari-qui-fait-rire. Elle revient. A propos du danseur, elle me dit:
- Il t'a proposé la botte?
- Oui.
- Je suis désolée.
Son mari éclate de rire:
- Pff, elle n'a même pas paru étonné quand il l'a fait!
- A mon anniversaire où tu n'es pas venue, il a dragué toutes mes copines.
Rire du mari encore:
- Au rythme aù il drague, il doit bien en ramener une de temps en temps.
Je me marre, je crois aussi que ça doit marcher des fois.
Comme dans ce pays, on ne peut passer une soirée de juillet sans pluie, il se met à pleuvoir. Le mari de ma copine me dit:
- Pfff je suis en vélo.
Sa femme lui dit:
- Je suis en voiture, on laisse le vélo.
- Je suis à pieds dis-je.
- Je te prête mon vélo.
- Non on va te ramener.
- Je suis romancier me dit le dragueur fou, et toi?
- Pas moi.
Le dragueur fou me propose de rentrer en amoureux sous la pluie. Je ne lui demande pas où. La-tête-danglaise qui écluse les verres de rosé à un rythme aussi soutenu que les changements de temps en Normandie parle de plus en plus fort au dragueur fou. Elle me casse un peu les oreilles. Tout à l'heure elle m'avait piétiné les pieds. Le dragueur fou me demande:
- Pourquoi t'es pas venue à l'anniversaire d'A?
- J'ai préféré une folle nuit d'amour.
18 juillet 2009
C'est un peu con une fourmi, non?
Il y avait quelques fourmis sur les marches devant la porte d'entrée, pas trop gênantes. Elles avaient sorti le sable glissé dans les interstices, l'avaient creusé. Elles ne me gênaient pas trop, ne piquaient pas. Je les contemplais en buvant mon chocolat le matin assise sur la marche.
Quand je suis rentrée jeudi, elles avaient envahi la terrasse, impossible d'y poser le pied sans les sentir à l'assaut . Sans doute l'orage... Même les grosses ailées étaient là.
Depuis elles m'agacent à s'agiter comme ça toutes ces ouvrières, à bosser valeureusement. Je culpabiliserais presque de me mettre dans la chaise longue avec un bouquin quand elles travaillent comme des forcenées. Quand la fourmi me regarde boire un verre c'est comme si elle me traitait de cigale.
-Allez bois ma grande _ pour les fourmis je suis grande_ , bois, chantonne en écoutant Nina Simone, offre tes jambes au soleil, tes cheveux à la pluie, tes pieds au sable. Cours te baigner, te vautrer dans la luxure avec ton amant. Tu riras moins cet hiver quand par - 10°, tu devras aller à hyper U pour remplir ton frigo et au boulot pour payer Hyper u.
Elles m'énervent les fourmis, les ouvrières surtout. Pas même de vie sexuelle pour elles ai-je lu, tout pour la reine. C'est pas une vie ça.
Le savant-elles que je peux anéantir leur fourmilière? Alors à quoi bon entasser toutes ces provisions.
Y'a pas longtemps que dans une assiette composée de plusieurs aliments, je mange d'abord mon préféré. On ne sait jamais si j'étais terrassée par une crise cardiaque en plein repas. Elles feraient mieux de prendre une micro serviette et d'aller faire un tour à la plage. C'est un peu con une formi je trouve. Je préfère mon chat qui ne veut même plus chasser, qui miaule en attendant que j'aille acheter des croquettes, qui se roule au soleil, se prélasse dans le linge propre qui vient juste d'être ramassé.
05 juillet 2009
Couverture!
Les parents de l'amoureux déménagent bientôt et font du vide. Mon Phil Amant est revenu en début de semaine le coffre plein de livres et ça j'adore, humer leur odeur, les caresser, les admirer. Je suis toutefois tombée en arrêt sur cet exemplaire peu ordinaire des "Fleurs du mal". Sur la couverture a été collée la photo d'une femme nue au dos. J'ai trouvé ça étrange et amusant. J'imaginais plutôt qu'on aurait collé la couverture des Fleurs du mal sur un livre cochon pour ne pas attirer l'attention. Mais là, je me demande pourquoi l'auteur de ce collage a fait ça. Étrange non, un lecteur des Fleurs du mal qui veut faire croire à des lectures plus coquines?





