05 janvier 2009
31 décembre (suite et fin)
Presque
malgré moi, ma main tourne le contact de ma voiture, passe une vitesse, appuie
sur l’accélérateur. Si au moins il avait voulu prendre la sienne. C’est ma
voiture, je fais ce que je veux. Un coup d’œil dans le rétro, il n’y a
personne, je peux déboiter et repartir. L’enfant se tait, peut-être rendormi.
Je n’ose le regarder. Je suis repartie. Je mets la musique. Je regarde dans le
rétro, ne voit que le noir de la nuit. Je ne sais pas comment je parviens à
parcourir la cinquantaine de kilomètres qui me sépare de la maison. Je franchis
le péage de l’autoroute. Mon cœur bat à tout rompre. Je m’attends presque à
trouver une voiture de flics pour m’emmener. C’est calme. Il est encore tôt
pour une fin de 31. J’arrive dans la rue. L’enfant mal réveillé ne demande pas
où est son père, ou bien il ne veut pas le demander. Je le couche. Je file dans
la salle de bain pour me démaquiller, rituel d’avant le coucher. Tremblante, en
sortant je lui prends une cigarette. Ça fait si longtemps que je n’ai pas fumé.
Il ne trouvait pas ça bien pour moi. Il avait du m’affirmer ça pétard au bec
d’ailleurs. Du coup j’avais arrêté de fumer. Je ne trouve pas la première
bouffée bonne mais elle me calme. Dans la cuisine je me sers un verre de vin.
Je suis un monstre me dis-je avec froideur. Je n’éprouve aucune culpabilité
quant à sa possible mort, j’ai juste peur des conséquences, de ce qui va
m’arriver. Demain, je dois aller déjeuner chez ma grand-mère. Il n’y va jamais.
Je n’aurais pas d’explications à donner.
Je
me réveille étonnée d’avoir trouvé le sommeil. Je déjeune, réveille l’enfant,
prend une douche. Nous montons tous les deux dans la voiture. Je ne mets pas la
radio, je ne veux pas entendre les nouvelles. Chez ma grand-mère, je retrouve
mes parents, mes oncles et tantes, mes frères et ma sœur. Tout le monde se
souhaite une bonne année, évoque son réveillon. Je reste plutôt silencieuse.
Personne ne s’interroge parce que cela fait des années que je suis silencieuse.
Je pense soudain que rien de grave n’a pu arriver, ce jour de l’an ressemble à
tous les autres. Puis le soir arrive avec l’heure de rentrer. J’ai soudain
envie de ne plus jamais quitter le cocon familial si rassurant même si
étouffant parfois. J’ai presque envie de conduire le pied sur la pédale de
frein. Nous arrivons trop tôt. Je gare la voiture. J’aperçois la fenêtre de la
cuisine allumée. La porte n’est pas verrouillée. Il est là, devant
l’ordinateur. Il ne se retourne pas quand j’arrive. L’année ne fait que
commencer.
04 janvier 2009
31 décembre (1ère partie)
C’est le 31 décembre et avec, l’obligation sociale de faire la fête. J’ai toujours détesté cette fête et son obligation de bonheur, les mots « bonne année » ont toujours eu du mal à franchir mes lèvres, comme si je pensais porter malheur en offrant mes vœux. Il a organisé notre soirée, on la passera chez ses amis, un couple avec une femme si parfaite, qui ne dit jamais un mot plus haut que l’autre, qui ne juge pas, qui l’aime comme un grand frère dit-elle. C’est celle à qui je n’ai jamais rien à dire, que je ne déteste pas parce que je n’ai aucune raison de la détester mais que je n’aime pas non plus parce que je n’ai aucune raison de l’aimer non plus. Elle ne m’intéresse pas. Son ultra sensibilité me semble surjouée, j’ai sans doute tort, j’ai toujours tort. On s’est engueulés avant de partir. Je ne sais même plus ce qui a déclenché les hostilités, ni qui. Sur le coup, il m’annonce qu’il ne m’accompagnera pas chez ses amis, il commence même à plier bagages. Comme une conne je le retiens. Trop peur de devoir prévenir, trop peur d’être seule. On ira, avec ma voiture bien sur parce qu’il va boire et qu’il faut bien quelqu’un pour le ramener. J’objecte que pour une fois on pourrait peut-être prendre la sienne, la réponse sera cinglante. Je ne sais même pas pourquoi j’ai osé demander. On arrive dans la minuscule maison de ses amis, embuée de condensation, avec les enfants, le père de Sophie obèse, sale et déjà alcoolisé qui sert l’homme dans ses bras en déclamant qu’il est comme son fils. Il a donc trouvé sa famille ici, une sœur, un père et moi je me sens comme la belle-fille mal aimée. Tout est à sa place me dis-je amère. Je me sens à l’étroit dans cette pièce exigüe, l’homme me jette des regards sévères ce qui signifie que je dois apporter mon aide à Sophie. J’ai appris à les décrypter ses regards, à les fuir quand je les sens arriver. Je n’ ai pas envie de l’aider. Sophie a entièrement désossé un canard qu’elle a cuisiné aux pruneaux. Je ne savais même pas qu’il y avait encore des femmes de trente ans qui savaient désosser les canards mais j’ignorais encore plus que cela avait de l’importance pour certains hommes. En entrée, elle a fait un truc avec des moules au sable, absolument immonde. Sophie s’en rend compte et s’en excuse. Tous lui certifient qu’elle rêve qu’il n’ya pas de sable dans ses moules. Moi je dis que si, il y a du sable. Je me prends un nouveau regard meurtrier. Comment ai-je osé dire ça à Sophie qui a toujours besoin d’être si parfaite, à Sophie si sensible. Je pense que c’est la prendre pour une imbécile que d’affirmer qu’il n’y a pas de sable dans ses moules, elle s’en est rendue compte elle-même. Elle ne sait pas nettoyer les moules, moi je ne sais pas découper un canard. Je ne trouve pas ça très grave de manger des moules au sable quand on est entre amis. J’ai servi des bulots crus à un noël une fois. Cela n’avait pas fait rire l’homme mais avec mon frère, on avait bien rit en faisant cuire les bulots passé minuit dans la triste cuisine. Je ne me souviens pas des dialogues de minuit J’ai quelques images qui me viennent encore. Je ne sais même pas quelle tête il faisait en me souhaitant une bonne année. Il a beaucoup bu, beaucoup fumé aussi. Ça je m’en souviens, sans doute pour oublier qu’il était encore avec moi. Au moment de partir, il nous a laissé attendre longtemps dans la voiture froide. Quand il monte, je ne cache pas mon agacement. Au premier mot, je sais que ce retour ressemblera à une guerre. Il n’attendra pas cinq minutes pour tirer les premiers mots qui blessent, sans négliger pour autant de m’indiquer le chemin à prendre. Je ne le connais pas bien. Je ne vais que très rarement chez Sophie et jamais seule. Sur l’autoroute il a soudain envie de pisser. Je lui dis qu’on s’arrêtera sur la prochaine aire. Parmi les insultes il me dit qu’il ne peut pas attendre. Il aime déclencher les hostilités en voiture, dans ce vase clos que je ne peux fuir. Si encore c’était dans sa voiture qu’il avait envie de pisser mais c’est la mienne. A contre cœur, je m’arrête. Je le regarde sur le bord de l’autoroute, la queue en l’air et les statistiques sur le temps de survie d’un piéton sur l’autoroute me reviennent, 20 minutes environ. J’ai la folle envie de redémarrer brusquement, de le laisser. Derrière, l’enfant m’appelle. Il ouvre ses grands yeux apeurés. Je ne peux pas laisser le père d’un enfant mourir sur le bord de l’autoroute. Et puis pourquoi pas ?
30 décembre 2008
Mardi givré
Non il n'y avait pas de givre sur la côte ce matin, j'exagère. Mais plus on rentre dans les terres, plus le froid revient et ici la patinoire à fourmis est toujours bien glacée. Il faisait au moins 15° C ce matin dans la maison, presque le luxe.
Je ne sais pas encore ce que je fais le 31, l'amoureux souhaite que je le rejoigne à Paris, je rechigne un peu. Je n'ai jamais bien aimé la St Sylvestre, ne comprenant pas bien cette obligation de fêter la fin et le commencement d'une année. Le 2 janvier est rarement très différent du 30. L'amoureux est très sociable. Hélas, je le suis moins. Il aime à voir de nouvelles têtes, je peux me contenter des mêmes.
Au début de l'année, l'ex de l'amoureux m'avait envoyé un texto pour me souhaiter la pire année qui soit. Bah ce ne fut pas la meilleure mais ce ne fut pas la pire non plus, ce fut une année de plus c'est tout. Sans doute que les bons vœux de ceux qui m'aiment un peu ont conjuré le mauvais sort. Je me demande si elle me renverra un texto cette année, je ne le pense pas. Elle m'a fichue la paix le reste de l'année, enfin à mon téléphone du moins.
Fêter le 31 décembre à Paris alors que j'ai passé les deux derniers dans ce village où j'habite maintenant et que je n'habitais pas alors. Pourquoi pas? Mais je n'en ai guère l'envie.
