11 octobre 2008
défi du samedi
Cette fois ci il s'agissait de terminer le texte commencé par une autre personne. La première partie est de Pandora, j'ai écrit la seconde. J'aime bien ce genre d'exercice.
Allez voir les autres participations.
Faites des gosses (Pandora)
John a été très laconique au téléphone mais son ton était on ne peut
plus clair : ça chauffe. Après plus de dix ans à bosser ensemble, John et moi
formons presque un petit couple, nous comprenant à demi-mots. Attention hein,
en tout bien tout honneur, j’ai une femme et trois gosses. Enfin j’étais marié,
Gloria est partie depuis un paquet d’années, jalouse de mon boulot, et je l’ai
remplacée progressivement par la bouteille. Bref, il semble que ça bouge dans
l’enquête que nous menons suite au meurtre du professeur Atkinson. Une sale
affaire : il a été retrouvé mort par sa femme de ménage, à moitié nu et l’autre
moitié, celle du haut, emballée dans des vêtements de latex plutôt moulants qui
ne ressemblent pas à la tenue que l’on attend d’un professeur de physique
pressenti comme l’un des futurs prix Nobel. Aucune idée si ça se donne à titre
posthume ce genre de chose, mais sinon c’est râpé pour lui. Et outre son
habillage, le respectable professeur a été émasculé et personne n’a réussi à
remettre la main sur ses bijoux de famille. Une affaire pour laquelle on nous
attend au tournant, le téléphone n’arrêtant pas de sonner dans le bureau du
commissaire. Nous marchons sur des œufs.
Nous nous sommes partagés le travail et pendant que j’épluche
les factures de téléphone, les relevés bancaires et tous les documents qui
pourraient nous mettre sur une piste éventuelle, John furète du côté des bars à
putes où il se pourrait que le professeur bien sous tous rapports, mais amateur
de latex, aille défouler ses instincts particuliers de mâle insatisfait par sa
bourgeoise et amateur de plaisirs très particuliers. Et pour avoir interrogé sa
bourgeoise toute la matinée d’hier, je le comprends un peu d’aller voir
ailleurs (par contre je suis allergique au latex, ça me donne des boutons). Et
il semble donc que John soit tombé sur quelque chose d’intéressant.
Me voilà parti à toute blinde vers la gare heureusement proche où se
croisent dans une ambiance interlope les voyageurs, les toxicos et les
pervers de notre chouette ville. Notre fond de commerce. Nous y trainons
régulièrement et je connais donc le coin comme ma poche. John m’a dit de le
rejoindre au « pink flamand », un bar plutôt mal famé situé à la frontière
entre le quartier de la gare et celui du port. Je me gare au plus près comme je
pouvais, sans me soucier des panneaux d’interdiction. Y a pas trop de
satisfaction dans ce boulot à fréquenter les macchabées et les criminels, alors
autant profiter des rares avantages. Je vérifie que mon pétard est fonctionnel,
j’enfile par-dessus ma veste de complet râpé et j’entre dans le bar, roulant
des mécaniques comme le cow boy que je ne suis pas mais auquel je veux donner
l’impression de ressembler. Dans ce job, c’est 90% d’intox contre 10% de réels
problèmes, la première permettant d’éviter les seconds. Je montre ma plaque au
videur et m’avance dans le bar où des filles en petite tenue servent des
boissons à des hommes qui pourraient pour la plupart être leur père. Des types
qui n’ont absolument pas soif mais qui doivent exhiber leurs dollars avant de
pouvoir sortir leur engin. L’une d’elle s’approche mais n’insiste pas quand
elle me reconnait. Ces nanas sont un vrai radar à flics. La barmaid, que j’ai
fait coffrer la semaine dernière, me fait un clin d’œil ironique et le
directeur assis au bar m’apostrophe (La venue de la police n’est jamais bonne
pour les affaires).
« J’espère que vous n’en avez plus pour longtemps avec Cindy, ça
fait une plombe que votre collègue discute avec elle. Je vous signale qu’elle
est sensée bosser et ramener un peu de fric pour justifier son salaire
exorbitant ».
Je passe en faisant semblant de ne rien avoir entendu, ayant repéré
John assis dans un des boxes privés du fond. Il parle à une pute d’un âge
certain que l’épaisse couche de maquillage qui la recouvre rend incertain,
Cindy probablement.
- Michael, te voilà
enfin. Je te présente Cindy. Sais-tu que Cindy connaissait bien le professeur ?
- Ah bon ?
- Ouaip, c’était même
un sacré numéro paraît-il, pas vrai Cindy ?
Je m’assois en face d’eux et regarde Cindy qui me fixe à son tour
d’un regard bovin en mâchant son chewing gum.
- Un sacré cinglé
plutôt, dans le genre bon à enfermer. J’vous dis pas c’qui m’demandait de lui
faire. D’ailleurs souvent on faisait ça à deux, avec Jessica. Et vendredi soir,
comme je n’étais pas dispo, c’est elle qui y est allée toute seule.
John me fait un clin d’œil de connivence, vendredi soir est le soir
du meurtre. C’est effectivement du chaud brûlant qu’on tient là avec une
première piste très sérieuse et peut-être même notre suspect. Suspecte en
l’occurrence.
- D’ailleurs elle est
là-bas. Jessica ramène toi voir par là…
Nous nous retournons de concert vers Jessica une jolie blonde au
sourire qui se fige en me voyant, en même temps que je sens ce qui me reste de
cheveux, c’est à dire vraiment pas grand-chose, se hérisser sur ma tête. John,
qui a reconnu lui aussi ma fille se lève pour rattraper Emily qui essaie de
s’enfuir en se précipitant vers la sortie tandis que je reste les fesses
scotchées au fauteuil.
Ma fille Emily se prostitue dans un bar à pute et est le suspect
numéro un dans cette sale affaire de meurtre. Je ne pense pas m’être jamais
senti aussi seul qu’à cet instant. Faites des gosses qu’ils disaient.
Moi en tout cas je boirais bien un scotch. Double au
moins.
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Le temps que
John me ramène ma fille, j’ai déjà éclusé deux verres. Elle est pas fiérote la
môme. Ça me rappelle quand elle ramenait un mauvais bulletin de l’école. Elle
faisait cette tête là aussi la fois où elle avait filé rencard au fils du
quincaillier en douce et que cet abruti avait jeté un caillou à la fenêtre de
notre chambre plutôt qu’à la sienne.
- Alors Emily,
ou plutôt Jessica, t’as des trucs à nous raconter ?
- Non Papa ou
plutôt Inspecteur.
- Monsieur
l’Inspecteur, je préfère.
Je la
regarde ma môme, une sacrée belle môme, tout le portrait de sa mère, plus jolie
même. Elle a toujours eu le don pour se fourrer dans des sales galères et faire
les mauvaises rencontres au mauvais moment. C’est vrai aussi que je ne m’en
suis pas beaucoup occupé après qu’elle soit partie vivre avec sa mère. Je
pensais que ça serait mieux. Pas sur. Je me ressers un verre. Je vois son
regard implorant se poser sur mon scotch. Ah c’est bien ma fille. Je lui tends
le verre. Cul sec qu’elle se l’enfile la petiote. Ailleurs, j’aurais pu en être
fier.
Je secoue la
tête. Ça va pas. Emily, elle ne supportait pas qu’on touche à une mouche, alors
tuer un mec. J’y crois pas. Je demande à rester seul avec elle. John comprend,
il est chouette John. On nous emmène dans une chambre vide Emily, la bouteille
et moi. C’est que l’atmosphère n’est plus trop à la bagatelle ici !
Elle se
tient crânement devant moi, la tête bien droite comme quand elle allait à ses
cours de danse. Elle était mignonne avec son tutu. Dur de se dire qu’elle a
remplacé le tutu par la turlutte à la chaine !
- Tu me crois
coupable hein ?
- Non.
Regard
surpris. Qu’elle a de beaux yeux ma fille.
- Pourtant je
le suis.
- Arrête
Emily, t’as toujours menti. Comment veux tu que je te croie.
- Pourquoi je
m’accuserai à tort ?
- T’as
toujours fait des trucs comme ça. Tu planquais des boulettes de terre pour
effrayer ta mère. Elle pensait que c’était du cannabis. J’vais pas te laisser
t’accuser. Allez tu veux couvrir qui ? ton protecteur ?
- Mêle pas
Dylan à tout ça. Il est blanc depuis qu’il est sorti de taule.
- Dylan, c’est
pour lui que tu tapines ? Ce petit crétin boutonneux fils de ce voleur de
quincaillier ?
Elle ne
répond pas, baisse la tête. J’ai jamais pu l’encadrer le Dylan pas seulement
parce qu’il m’avait réveillé au milieu de la nuit en se trompant de fenêtre. Je
sentais la raclure en ce type.
- Ce ne serait
pas la première fois que tu le couvrirais. Quand il avait esquinté le vélo de
la voisine, t’avais dit que c’était toi pour pas qu’il se fasse engueuler. Tu
crois qu’on n’avait pas deviné.
Et là elle
craque ma petiote.
- Il m’avait
forcé à mentir. Il disait qu’il crèverait les yeux du chat sinon.
J’ai jamais
pu la voir pleurer.
- Et là, il
t’a menacé de quoi pour que tu le couvres ?
- De crever
les yeux d’Arthur ?
- Arthur ?
- Ton
petit-fils.
Je le bois
au goulot le scotch pour le coup. Elle s’effondre, déballe tout.
- Je voulais
qu’il m’offre une bague parce qu’il m’avait forcé à vendre celle de grand-mère.
Alors il a tué ce type, lui a coupé les couilles en me disant : « Ah
tu regrettes tes bijoux de famille, et bien en voilà et ils sont chauds même
s’ils ne sont plus de première fraicheur. ».
Je savais
bien qu’elle ne tuerait pas une mouche ma fille.
20 septembre 2008
Interview
Aujourd'hui c'est le jour du défi.
Le défi de la semaine:
30 août 2008
Un jour à la caisse
Les défis du samedi: le thème est ici
Elle choisit rapidement les quelques courses dont elle a besoin. Elle n’aime pas vraiment faire les courses. Elle s’attarde au rayon beaux-arts, plutôt bien garni dans ce magasin. Elle frôle de ses longs doigts pâles les pastels, effleure les sombres fusains, s’attarde sur les tubes de peinture. Elle en attrape un, vive, le jaune. Elle se souvient que c’est celui qui lui manque le jaune. Elle file à la caisse, contemple agacée la queue. La caisse prioritaire ? Son ventre encore trop plat et ses 20 ans empêchent les autres chalands de deviner l’enfant qui grandit en elle. Elle attend à la caisse « moins de 10 articles ». ça avance assez vite mais la file lui parait si longue.
- Pourquoi seulement du jaune, murmure une voix derrière elle.
Non ce n’est pas un murmure. C’est une voix d’homme jeune, assurée et mélodieuse. Elle se retourne : un jet bleu l’éclabousse. Il a de si beaux yeux et un joli sourire aussi.
- Moi aussi, c’est ce beurre que je préfère, continue-t-il en détaillant son panier.
Elle lui sourit à son tour.
- Alors pourquoi ce jaune ?
- Parce que j’en ai plus.
- Mais pourquoi est-ce le jaune qui te manque ?
- C’est celui que j’utilise le plus.
Elle n’ose pas lui dire qu’elle ne peint plus guère et qu’elle en est triste. C’est son tour de passer à la caisse. Elle étale ses courses sous le regard curieux de l’inconnu qui la dévisage aussi. Il la trouble. Elle trouve cela délicieux. Elle paye, s’apprête à lui dire au revoir. Il l’arrête.
- On pourrait boire un verre. J’habite à côté.
Elle s’entend, à peine étonnée accepter. Dans la rue il lui apprend qu’il s’appelle Boris, qu’il est comédien. Ils arrivent bientôt dans la cour d’un vieil immeuble, montent au deuxième étage. Il ouvre la porte.
- C’est chez ma copine en fait. Elle est en tournée.
Elle observe malgré elle les traces de la jeune femme. Il lui fait un thé chaud. Elle examine silencieuse les livres qui l’entourent, le regarde à la dérobée aussi. Le désir qui les attise les empêche de prendre des chemins détournés. Le thé ne sera pas bu, les draps seront froissés. Elle y restera exactement 24heures puis rentrera chez elle, enfouira cette histoire dans un coin inconnu et secret de sa mémoire.
Un jour, onze an plus tard, après une pièce de théâtre, le même regard la transperce à une dizaine de personnes de là. Il la rejoint, lui sourit.
- Tu as aimé la pièce ?
- Mon amoureux y joue.
Il n’y a qu’un rôle masculin.
- Oh mais je le connais alors.
Il regarde l’enfant près d’elle.
- C’est ton fils ?
- Oui.
- Il a quel âge ?
- Presque 11 ans.
Elle le sent troublé, comprend son trouble, éclate de rire, fait non de la tête. Il pousse un soupir de soulagement.
- Y’a longtemps que tu es avec Fabien ?
- Deux ans. T’es toujours comédien ?
- Oui mais c’est dur. Tu peins toujours ?
Elle sort de son sac un carton d’invitation couleur soleil, lui tend : son premier vernissage.


