Mots dits

Partager les mots pour oublier mes maux...

15 septembre 2009

Le défi de Ninie.

C'est mon défi, Ninie l'a décidé, je dois raconter ma rencontre avec Umbre.

Que dire... Nous nous étions déjà ratés en août: il avait mis son vélo dans le train quand j'avais mis mon fils dans la voiture mais pas dans les mêmes directions. Alors malgré son week-end chargé, Umbre a eu la gentillesse de m'accorder une petite heure. J'ai cherché un café pas loin du Louvres, hésité place Colette pour finir place Malraux. Phil Amant m'accompagnait (heureusement parce que sans les explications de ce dernier, et avec seulement les miennes, Umbre chercherait encore).
C'est un peu angoissant ces rencontres. On scrute les passants, pousse un soupir de soulagement quand un type patibulaire qui parait chercher quelqu'un passe son chemin. Umbre, j'ai longtemps cru que c'était une femme. Allez savoir pourquoi... Je l'ai longtemps imaginé plus vieux qu'il ne doit l'être en réalité avec même des enfants aussi vieux que lui!
Puis il est arrivé...

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23 janvier 2009

Rencontre 7

Il a emmené les enfants chez les parents de Bébé qui sont absents. Je vais découvrir une maison qui aime le soleil, perdue dans les champs, avec un jardin merveilleux où s’égarent les silhouettes sculptées par les mains délicates et facétieuses du père de Bébé. La chaleur d’agréable est devenue étouffante. J’adore. J’aime la moiteur de l’air qui alanguit les corps, attise les désirs, attire l’interdit. C’est dans l'atelier parmi les sculptures qu’il m’embrassera. De retour dans le jardin, il s’amuse à nous photographier. Je ne sais pas s’il espère apercevoir le reflet de nos baisers sur les photos. Je n’aime pas être photographiée. Nous avons joué avec l’eau. Je suis trempée. Nous devons repartir à une fête chez des amis. Je prends des vêtements secs dans ma voiture. Je sens la brûlure tendre de ses yeux glisser le long de mon corps quand je me change.  Il nous rejoindra un peu plus tard. Je prétexte l’absurde pour retourner dans la cuisine et lui dérober sa bouche encore une fois. Bébé est dans la voiture avec moi. Je remplis le temps de mots légers et fantaisistes qui tourbillonnent  autour de nous pour éviter ses mots à elle, ses mots perspicaces qui me dévoileraient. Je sais qu’elle ne nous jugera pas mais je ne veux pas encore en parler. Je pense à l'autre femme restée à Paris.

Il nous rejoindra plus tard. Il s’assied près de moi. Nos mains remplacent nos yeux. Je le sens nerveux, je le suis sans doute plus. Je ne sais plus très bien si je veux encore. Je pourrais me laisser rattraper par la réalité mais je le laisse faire. Il manque un verre, nous partageons le notre. Personne ne semble trouver cela surprenant.  Ses mots à table trahissent sa nervosité. Je le trouve émouvant. La soirée est de plus en plus orageuse. Les verres se vident, le soleil s’éteint, les mains s’égarent, les rires s’envolent, les désirs s’allument. " Il manque un lit, enfin non pas si vous le partagez », propose Fred l’amoureuse. Je monte dans la chambre la première pendant qu’il s’occupe de son fils. Il me retrouve recroquevillée sur le lit. La lumière laissée allumée dehors éclaire délicatement la chambre. «  Je peux dormir sur la canapé si tu veux », propose-t-il. Je lui fais non de la tête. Tout parait simple maintenant. C’est l’évidence de ses mains sur moi, des miennes sur lui. C’est le souffle de sa bouche qui réchauffe mon âme. Ce sont ses yeux plongés dans les miens, profonds et doux. Deux égarés qui se sont trouvés pour se perdre ensemble.

Le tonnerre gronde au loin. Ma tête repose contre lui quand les premières gouttes tombent. J’hume l’odeur de la terre qui monte et qui se mélange à l’odeur de nos corps repus. Je m’endormirai apaisée.

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21 janvier 2009

Rencontre 6

Juillet 2006


À notre retour de vacances, nous passons une journée chez Bébé. Les enfants se retrouvent heureux. « FPhil Amant doit passer », m’indique-t-elle. Je revois, songeuse, ce dimanche embrumé. Son arrivée prochaine me trouble comme un délice. La porte s’ouvre, des yeux se rencontrent et se racontent. Plus besoin de mots. Une main se pose, délicate et avide, sur une épaule quand ses lèvres rejoignent ma joue. Les yeux ne se quittent plus de la soirée, unis avant nos corps. Ces yeux là, j’en goûterai toutes les apparences, j’en connaitrai toutes les nuances. J’apprendrai leur douceur, je toucherai leur chaleur, j’aimerai leur langueur. Des yeux tour à tour graves et amoureux, tristes et anxieux, noirs ou soyeux, gris et pluvieux, des yeux profonds et généreux. Ces yeux là, je les verrai m’observer le jour et la nuit, j’y apercevrai mon reflet qui luit. Ce soir là nos corps crevaient de se rencontrer. Ils devront attendre.Nous nous revoyons ici demain. Ses yeux me poursuivent jusque dans ma voiture, ils hanteront ma nuit.

Le lendemain nous retrouve fiévreux. Une délicieuse sérénité me laisse patiente. L’histoire est déjà écrite. Nous ne nous échapperons pas. Il est déjà trop tard. La soirée s’achève sur la plage. C’est la fin juillet, quand les jours ne sont déjà plus si longs, quand la nuit arrive plus vite laissant les corps affamés se nourrir de l’autre. Il s’assied près de moi sur le sable tiédi. Il n’y a que de rares promeneurs. Il va rejoindre Bébé qui se baigne. J’observe sa longue silhouette. Il revient près de moi. C’est si évident.

Plus tard en nous quittant, ses lèvres borderont les miennes, son corps accrochera le mien.

Je ne trouverai pas le sommeil. J’avais oublié cette sensation. Je le revois demain. Il a gardé mon fils avec lui. Ma tête fourmille d’émotions, de mots. C’est le meilleur moment quand les cœurs battent à l’unisson, que les corps sont encore désunis, quand tous les rêves sont encore permis.

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20 janvier 2009

Rencontre 5

14 mai 2006

 

Un dimanche, un ciel qui pleure, des verres qui se vident, des regards qui se croisent… Des enfants qui se baignent sous la pluie douce. C’est la langueur suave d’un dimanche au bord de  mer où le goût amer du lundi commence à piquer. Je regarde en coin Phil Amant assis près de moi. Je le trouve beau. Il a une nana à Paris m'a révélé Bébé avant qu’il n’arrive. Il n’en parle pas. Cet homme je l’ai déjà croisé il y a quelques années, juste croisé. «  Ce sont des amis de mon père, lui et sa femme », m’avait dit Bébé à l’époque. Leur fils avait le même âge que le mien et celui de Bébé. Depuis il s’était séparé de sa femme. Il était retourné vivre à Paris. Et puis il y avait cette femme là-bas loin des vagues qui nous caressent. Il prend son téléphone. Je crois qu’il l’appelle mais c’est l’autre qu’il appelle, la mère de son fils. Je ne l’ai jamais vue. Je l’imagine très brune, grande, mince et très sure d’elle, je l’ai toujours imaginée ainsi. Plus tard, je la découvrirai petite et menue, le visage émacié, belle, émouvante et infiniment fragile. Il prend son appareil photo et photographie son fils. Nous écoutons, un peu gênés mais amusés les trois garçons comparer la taille de leur sexe. Nous ne parlons pas ou si peu. Je ne sais jamais quoi dire aux inconnus et encore moins à un  inconnu qui me plait.  Il est des instants où les silences sont les plus beaux des mots. Ils révèlent une émotion imprévue, un trouble ténu, un silence en attendant les mots qui glisseront comme des baisers, comme des mains sur un corps adoré. Ce sera demain, ou dans quelques mois. Laissons le temps. Je l’oublierai peut-être.

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19 janvier 2009

Rencontre 4

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Centre Pompidou, 2004

Une évasion à Paris avec la Pierre précieuse: les monuments, les rues, les musées...
La Pierre précieuse a 8 ans, il est encore un peu hermétique à l'art moderne et tombe en arrêt devant une photographie de Man Ray "fesses". Il ricane comme un môme qu'il est. J'attends qu'il ait épuisé tout le potentiel comique de Man Ray. Je me retourne et reconnais le Phil Amant. A ce moment, un gardien exaspéré par les ricanements de la Pierre précieuse, s'approche de moi et me demande de faire cesser les rires trop bruyants de mon enfant. Je ne sais pas trop quoi répondre. Phil Amant intervient:
- Mais que voulez-vous qu'elle y fesse, euh qu'elle y fasse?

J'éclate de rire, soupçonne le lapsus de ne pas en être un, plutôt un donné pour un rendu. Le gardien hausse les épaules. Phil Amant disparait, il est pressé: " A bientôt".

Note aux lecteurs: Fin improbable, Phil Amant n'est jamais pressé!

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18 janvier 2009

Rencontre 3

Janvier 2001, chez Bébé.

La Pierre précieuse est invitée à l'anniversaire de Togo, son premier copain de maternelle qui a changé d'école depuis. Bébé, la maman de Togo est devenue mon amie. A cette époque, j'en suis à environ ma 37 ème séparation d'avec futur ex mais ce n'est pas encore la bonne, juste un entrainement.

Bébé énumère les enfants invités: " (...) et puis y'a A, c'est le fils d'amis de mes parents en fait. Ils sont comédiens tous les deux. Elle, elle chante en plus. Elle est vraiment extraordinaire sur scène, une nana incroyable. Leur fils, en revanche, est un peu pénible. Enfin, je crois qu'ils sont en train de se séparer en ce moment. Du coup, je garde souvent A pour qu'ils fassent le point."

A ce moment, j'aurais du me dire: "Tiens, un futur célibataire. C'est toujours une piste à explorer mais je me suis dit: ami de parent = certainement trop vieux pour moi, puis une future ex femme extraordinaire, chanteuse et comédienne = je ne lui arrive pas à la cheville, même pas au plus petit de ses orteils"

Et voilà Phil Amant est arrivé, l'air un peu torturé. Je ne valais guère mieux. Il m'a paru très grand, très impressionnant et aussi très incapable de la moindre autorité sur son fils.

Le lendemain, dialogue avec la Pierre précieuse:
- C'était bien l'anniversaire de Togo?
- Oui mais sauf ce garçon A. Il n'arrête pas d'embêter tous les enfants.

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17 janvier 2009

Rencontre 2

Janvier 1997

Venoix, quartier un peu triste mais calme et résidentiel de Caen, chez le poissonnier

Dans les bras, j'ai une Pierre précieuse, dans les mains des sacs de course et dans la tête, trop de tristesse. Mes beaux-parents de l'époque m'ont offert tout le nécessaire pour cuire, mixer des plats à la pierre précieuse. Comme je leur en ai voulu alors, je continue d'ailleurs. La pierre précieuse n'a jamais autant d'appétit que devant un petit pot d'une certaine Bledina. Néanmoins, je m'obstine à jouer les mamans parfaites et j'achète du poisson frais pour la Pierre précieuse, des crevettes pour moi, des bulots pour le futur ex (les bulots c'est ce qu'il préfère, surtout les gros et immondes énormes bulots).
Devant moi à la caisse de la poissonnerie, les fesses de Dorante-Phil Amant, la partie qui surplombe ces fesses est en train d'acheter le dernier morceau de cabillaud que je convoitais. Les mains  liées à ces fesses tiennent un petit garçon.
Que peut-il bien se passer alors? Lui ferai-je part de mon désappointement. Nous n'allons pas nous battre comme des poissonniers. Surtout qu'il doit rester un petit pot de cabillaud à la maison.
Et si j'avais exprimé ma déception? Phil Amant aurait-il galament laissé le cabillaud à son futur amour? Je n'y crois pas un instant. Le repas de son fils valait plus que celui du mien.
Bon c'est tout vous offusquez-vous, c'est ça leur deuxième rencontre?
Alors...
Le Phil Amant au moment de payer laisse tomber quelques pièces. Il ne s'en aperçoit pas. Je pose bébé, sacs et tistesse et me précipite pour les ramasser en murmurant:
- Vous avez laissé tomber vos fesses, euh vos pièces

Je rougis confuse. Il éclate de rire, une fois de plus.

Note aux lecteurs: cette rencontre aurait pu avoir lieu, nous habitions en effet ce même quartier et fréquentions le même poissonnier. Nous nous y sommes peut-être bien croisés.

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16 janvier 2009

Rencontre n°1

" Pourquoi ne t'ai-je pas rencontré plus tôt?" m'a-t-il demandé un jour.
Et bien parce qu'il devait en être ainsi, parce que si l'homme que tu es aujourd'hui me plait, il en aurait peut-être été autre plus tôt.
" Pourquoi ne me l'as tu pas présentée plus tôt?" a-t-il demandé un jour à l'amie chez qui il m'avait rencontré.
" Mais tu l'avais déjà croisée il y'a 5 ou 6 ans, rappelle toi."

Et si on imaginait une rencontre plus tôt, plus vite, tiens au siècle dernier...

Rencontre 1

Nous sommes en 1992, j'ai bientôt 17 ans. Notre professeur de français, Madame Frappebise, décide de nous emmener à Caen voir une pièce de Marivaux que nous étudions. Nous montons donc à Caen - notez lecteurs, que de là où je viens, nous disons "monter à Caen" comme d'autres disent "monter à Paris", certes Caen est plus au nord- en bus. Quelle pièce? "Le jeu de l'amour et du hasard", une évidence.
Je m'installe dans les sièges de velours rouge du petit théâtre - je ne sais pas si vous aves déjà remarqué mais les sièges de théâtre sont presque aussi surement de velours rouge que les jambes des femmes gainées de nylon ( de soie pour les plus riches et raffinées)- je maltraite mon programme, l'ouvre, le referme, le lit un peu. Dorante est joué par un certain Phil Amant, celui de Silvia par Madame Phil Amant.
Les rideaux s'ouvrent. Le metteur en scène a pris le parti de faire jouer ses comédiens entièrement nus -Madame Frappebise est assez progressiste et trouvait cela très bien- ce qui ne m'aide pas à authentifier à coup sur les comédiens. Je me repère aux costumes en général, là, j'avoue avoir eu du mal à distinguer les fesses de Dorante de celle d'Arlequin. C'est un peu l'histoire de cette pièce d'ailleurs, la confusion.
Fin de la pièce, je pleure - je pleure toujours à la fin des spectacles, ce sont les applaudissements qui déclenchent des torrents de larmes- et j'applaudis.
On nous laisse errer quelques temps dans le théâtre, le temps de retrouver le chauffeur de bus qui a du s'égarer dans un des nombreux bars ouverts. Ils le retrouvent, ils nous rappellent et quand je descends l'escalier en cavalcade je croise Dorante qui le monte lentement, avec une certaine majesté. Impossible d'imaginer cette homme les fesses à l'air quelques minutes plustôt face à une centaine de spectateurs. Je lui souris, un peu troublée. Il sourit à son tour, me transperce du regard:
- Vous avez aimé?
- Oh oui, et c'est vous qui aviez les plus belles fesses de la pièce.

Dorante-Phil Amant éclate de rire.

Fin de la rencontre 1

Note aux lecteurs: cette rencontre aurait été improbable, le Phil Amant n'étant arrivé à Caen qu'en 1993 il me semble. Arrivé à Caen pour un stage de théâtre, il n'en repartit qu'en 2001. Il rencontre en effet Madame Phil Amant n°1 au tout début de son séjour normand.


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